Contrôler les effets des coronavirus sur le système nerveux

23 mars 2021 | Audrey-Maude Vézina

Mise à jour : 24 mars 2021

Une recherche menée à l’INRS pourrait prévenir l’infection des cellules du système nerveux par les coronavirus, comme celui responsable de la COVID-19.

Contrôler les effets des coronavirus sur le système nerveux
Illustration : Adobe Stock

De nombreuses études montrent que les coronavirus humains, dont le SRAS-CoV-2 qui cause la COVID-19, semblent s’attaquer aux neurones et au système nerveux chez des populations vulnérables. Cette neuro-invasion par la cavité nasale entraînerait des risques de troubles neurologiques chez les sujets atteints. Or, une recherche menée à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) a permis de trouver un moyen de prévenir la propagation de l’infection à l’intérieur du système nerveux central (SNC). L’étude, dirigée par le professeur Pierre Talbot et son associé de recherche Marc Desforges, maintenant au CHU Sainte-Justine, a été publiée dans le Journal of Virology.


Une immunité antivirale aux coronavirus humains

L’équipe de recherche est la première à démontrer un lien direct entre la neurovirulence, le clivage de la protéine S par des protéases cellulaires et l’immunité innée. Cette immunité antivirale découle de la production d’interférons, des protéines de première ligne qui aident à détecter rapidement la présence d’un virus.

« En utilisant un coronavirus du rhume, similaire au SRAS-CoV-2, nous avons démontré que le clivage de la protéine S et l’interféron pouvaient en empêcher la propagation au cerveau et dans la moelle épinière chez la souris. »

Professeur Pierre Talbot, expert en coronavirus depuis près de 40 ans.

Deux voies thérapeutiques

Selon Marc Desforges, actuellement spécialiste clinique en biologie médicale au laboratoire de virologie du CHU Sainte-Justine, le clivage de la protéine S par différentes protéases cellulaires est primordial pour que ces virus puissent infecter efficacement les cellules et se propager dans divers organes et systèmes du corps, dont le SNC.

« Nos résultats démontrent que l’interféron produit par différentes cellules, dont les neurones olfactifs et les cellules qui produisent le liquide céphalo-rachidien (LCR) dans le cerveau, pourrait moduler ce clivage. Ainsi, il pourrait limiter, de façon importante, la propagation virale dans le SNC et la gravité de la maladie associée », affirme le spécialiste qui a travaillé 16 ans à titre d’associé de recherche au Centre Armand-Frappier Santé Biotechnologie de l’INRS.

Réunis, ces résultats mettent en évidence deux cibles antivirales potentielles : le clivage de la protéine S et l’immunité innée efficace liée à l’interféron. « La compréhension des mécanismes d’infection et de propagation virale dans les cellules neuronales est essentielle pour mieux concevoir des stratégies thérapeutiques, souligne le chercheur Talbot. C’est d’autant plus important pour les populations vulnérables comme les personnes âgées et les personnes immunodéprimées. » Cette découverte permet donc d’ouvrir la porte à de nouvelles voies thérapeutiques.


À propos de l’étude

L’article « Potential differences in cleavage of the S protein and type-1 interferon together control human coronavirus infection, propagation, and neuropathology within the central nervous system », par Alain Le Coupanec, Marc Desforges, Benedikt Kaufer, Philippe Dubeau, Marceline Côté et Pierre J. Talbot, a été publié dans le Journal of Virology. L’étude a reçu un soutien financier des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC).