Julie-Anne Boudreau : la COVID-19, la recherche et les jeunes

Publié par Sophie Laberge

10 août 2020

( mise à jour : 14 octobre 2020 )

Tour d’horizon en trois questions est une série qui met en valeur la recherche sous toutes ses formes, tout en portant un regard éclairé sur l’actualité en innovation scientifique, sociale et technologique.

La professeure Julie-Anne Boudreau, du Centre Urbanisation Culture Société, a accepté de répondre à nos questions. Elle dirige, entre autres, le Partenariat de recherche TRYSPACES : Jeunes et espaces de transformation.  

Comment la pandémie de la Covid-19 a-t-elle affecté vos recherches portant sur la jeunesse ?

Au sein du partenariat « TRYSPACES : Jeunes et espaces de transformation », nous travaillons sur la régulation et l’utilisation des espaces publics chez les jeunes. Les répercussions de la COVID-19 sur nos travaux ont donc été rapidement tangibles avec l’arrivée du confinement qui a freiné la collecte de données que nous effectuons à Mexico, Hanoi, Paris et Montréal.

Sur le plan de la recherche elle-même, mes collègues et moi avons rapidement constaté que le confinement dans ces grandes villes a fait augmenter le taux d’occupation des espaces publics par les jeunes, qui cherchaient des façons de se rencontrer malgré les restrictions, ou pour certains, qui devaient sortir pour travailler. Nous avons donc réorienté notre travail de terrain pour l’adapter à cette situation bien particulière.

Qu’avez-vous constaté comme transformations à la suite des divers épisodes de confinement ou post-confinement ?

Chez les jeunes, le plus grand changement s’est manifesté dans le type de pratiques de sociabilité ; en d’autres mots, ils ont créé un nouvel espace social, d’une part avec l’utilisation du numérique pour satisfaire leur besoin en sociabilité, mais aussi à travers le croisement entre leurs espaces intime et public. En interagissant davantage en ligne, que ce soit pour l’école ou pour passer le temps, les jeunes confinés ont ouvert la porte de leur intimité. Comme ce groupe de population construit son identité beaucoup à travers les autres, les jeunes ont d’abord compensé ce besoin tout à fait naturel autrement, avec les plateformes disponibles sur Internet.

En mai, lors des différentes phases de déconfinement au Québec et ailleurs, les jeunes ont repris possession des espaces communs de la ville comme les parcs, parfois en contrevenant aux règles. C’est à ce moment que le travail de terrain est devenu vraiment intéressant pour nous. Nous avons réorienté nos outils de recherche et sommes allés les trouver dans les lieux qu’ils occupaient.

Plus largement, comment percevez-vous la prise de parole des citoyens dans les médias sociaux ?

Selon moi, les médias sociaux ne sont pas un espace de débat, mais plutôt un espace où il est possible de communiquer avec des gens qui nous ressemblent ou qui pensent comme nous. Cet espace d’expression est important en démocratie, mais il n’est pas utilisé pour convaincre ceux qui ont des opinions différentes des nôtres. Il sert plutôt à se construire comme acteur politique, comme citoyen, mais ce n’est pas un espace de délibération.

Depuis 2011, tous les mouvements sociaux ont utilisé ces plateformes comme moyen de mobilisation. Le « printemps érables », le « Black Lives Matter », « agression non dénoncée » sont quelques-unes des expressions les plus frappantes. La prise de parole se fait donc pour promouvoir la visibilité d’un point de vue (exprimer ou mobiliser), mais très rarement pour dialoguer. Les espaces numériques sont des espaces publics distincts dans leur fonctionnement des autres arènes démocratiques.