La portée de la recherche : un partenariat avec la Ville de Montréal

22 février 2021 | Sophie Laberge

Mise à jour : 23 février 2021

« La portée de la recherche : un partenariat avec… » nous fait découvrir des projets réalisés par les membres du corps professoral de l’INRS, en partenariat avec des organisations travaillant en dehors des milieux scientifiques habituels, et dont les résultats ont une incidence sur la société.

ville de Montréal

Sous la responsabilité de la professeure Annick Germain, le projet « La qualité de vie dans les projets résidentiels de grande densité incluant du logement abordable. Quelques leçons » est une collaboration entre l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) et la Ville de Montréal. Le professeur Xavier Leloup et la conseillère en développement de l’habitation au Service de l’habitation de la Ville de Montréal Cécile Poirier nous le présentent.

En 2015, le sujet de l’habitation est en pleine effervescence à Montréal. De nouveaux enjeux en matière de logement émergent, et le Service de l’habitation de la Ville de Montréal décide de contacter la professeure Annick Germain pour un projet portant sur la cohabitation dans les secteurs de mixité résidentielle, qui ont vu le jour à la suite de l’adoption par la Ville, en 2005, de la Stratégie d’inclusion de logements abordables dans les nouveaux projets résidentiels. Cette dernière incitait, entre autres, les promoteurs privés dont le projet était dérogatoire à céder un terrain afin de développer des logements abordables ou sociaux.


L’expertise de l’INRS en logement et en habitat

L’objectif de ce partenariat avec la Ville était de mettre à jour une étude réalisée par une autre équipe de l’INRS, sous la direction de la professeure Francine Dansereau, en 2002. Celle-ci portait sur les questions de planification, de construction et de fonctionnement de projets d’habitation neufs avec de la mixité sociale. Près de 15 ans plus tard, les terrains étaient plus rares et souvent de plus petite dimension, et la mixité sociale prenait place dans un territoire plus densément peuplé. Une actualisation des balises et des recommandations était donc au cœur de ce nouveau projet.

Professeur Xavier Leloup. Photo : Christian Fleury

La professeure Germain, spécialiste en sociologie urbaine et en immigration, et le professeur Xavier Leloup, spécialiste en logement et habitat, en immigration, en vie de quartier et en voisinage, possédaient l’expertise pour répondre au mandat. Ils ont ainsi mis sur pied une équipe de recherche, composée d’étudiantes, d’étudiants et de Juan Torres, professeur et vice-doyen de la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal, et entamé ce projet de deux ans. L’objectif était de comprendre comment se vit la mixité sociale dans les projets d’habitation de grande densité et les enjeux découlant de cette cohabitation. Pour ce faire, l’équipe de recherche a étudié quatre grands projets résidentiels où se voisinaient des ménages de statuts socioéconomiques différents et a réalisé plus d’une quarantaine d’entrevues sur le terrain.

« Nous voulions comprendre comment se vit la cohabitation dans les milieux où se côtoient des résidents de logements sociaux et des copropriétaires d’unité d’habitation haut de gamme ou plus abordable, Nous souhaitions obtenir de l’information pour bien planifier les projets qui sont soumis au Service de l’habitation de la Ville de Montréal dans le cadre du programme AccèsLogis Québec. », Cécile Poirier, diplômée de l’INRS conseillère en développement de l’habitation au Service de l’habitation de la Ville de Montréal.

La mixité sociale en pratique

Selon le professeur Leloup, ce type de projet permet essentiellement de retirer des suggestions pratiques pour les partenaires, même si la démarche scientifique est très rigoureuse. « La recherche ne s’inscrit pas tant dans le savoir scientifique ou universitaire, mais davantage dans la manière d’aider un partenaire à raisonner un enjeu. Une analyse universitaire permet d’obtenir des résultats valides et peut contribuer à la discussion sur un problème pratique pour la société. Notre apport de chercheuses et de chercheurs se situe dans la discussion qui précède la signature du partenariat, mais également dans celles qui suivront la présentation du rapport aux personnes concernées, entre autres à la Ville de Montréal », précise-t-il.

Dans son rapport final, l’équipe de l’INRS a présenté 11 recommandations. Le partenariat a également permis d’éclairer certains angles morts, tel l’aménagement des espaces extérieurs.

« Nous nous questionnions sur la manière d’avoir de meilleurs espaces communs dans ces projets, alors que cela n’était pas un enjeu pour certains. Comme pour l’un des projets d’habitation mixte au design parfois contradictoire : à cause de son stationnement souterrain, il était impossible de planter des arbres sur une grande surface, explique Xavier Leloup, professeur au Centre Urbanisation Culture Société de l’INRS. La profondeur du sol n’avait pas été pensée en conséquence, et cela créait un îlot de chaleur. Des espaces communs adaptés au plus grand nombre peuvent pourtant être garants du succès d’un projet de mixité sociale ».

La communication au cœur du projet

Selon Cécile Poirier, la communication a été essentielle à la réussite du projet. « Nous avons pris le temps de rencontrer les étudiantes et les étudiants de l’INRS qui ont fait la recherche terrain pour expliquer les différents enjeux du développement de l’habitation à Montréal. L’une des grandes difficultés qu’on peut avoir avec des collaborateurs externes est le temps requis pour qu’ils appréhendent l’univers dans lequel nous évoluons. Ça n’a pas été le cas avec l’INRS, puisque l’équipe connaissait déjà très bien l’univers du logement à Montréal. Pour cette raison, le choix même du partenaire universitaire était un atout au projet. »

Cécile Poirier, conseillère en développement de l’habitation au Service de l’habitation de la Ville de Montréal

L’équipe de l’INRS a aussi collaboré avec le comité consultatif relié au projet, composé d’un promoteur privé, de la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM) et de l’ Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM), qui a donné son avis sur les orientations de la recherche et a commenté les rapports suivant les différentes étapes de la recherche. « Même si notre premier interlocuteur était la Ville, il était important de bien comprendre le mandat du comité », précise le professeur.

Au-delà du mandat de base, les collaborations sous forme de partenariat comme celui-ci permettent souvent d’approfondir la réflexion sur différents sujets.

Pour lire la synthèse du rapport : http://espace.inrs.ca/id/eprint/6831/

Les entrevues sur lesquelles sont basés les articles de la série « La portée de la recherche : un partenariat avec… » ont été réalisées auprès des membres du corps professoral et de leurs partenaires, en 2020, par Louis Melançon, diplômé à la maîtrise en pratiques de recherche de l’INRS et doctorant à l’Université McGill.

Précisons que, depuis le dépôt du rapport de ce partenariat et les entrevues sur lesquelles est basé le présent article, la Ville de Montréal a adopté un règlement qui oblige les promoteurs à inclure des logements sociaux, abordables et familiaux dans leurs projets. De même, à compter du 1er avril 2021, le Règlement pour une métropole mixte remplacera la Stratégie d’inclusion dont il est ici question.