Les REER au Québec : couples mariés ou en union libre

17 février 2021 | Audrey-Maude Vézina

Mise à jour : 17 février 2021

Comment les couples québécois gèrent-ils leurs épargnes-retraites ? Cette question est fondamentale au Québec, où les couples en union libre sont plus nombreux qu’auparavant.

Les professeures Maude Pugliese et Hélène Belleau de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) mettent en lumière les tendances et les lacunes de l’« épargne à deux », dans une étude publiée dans la revue Social Policy and Society.


Épargner en couple

L’étude révèle qu’un peu plus du tiers des couples ayant des revenus inégaux se disent redistributifs à l’égard de la préparation à la retraite, c’est-à-dire qu’ils considèrent leurs épargnes comme partagées. Ce résultat concerne toutefois la perception de la gestion des épargnes. Il soulève ultimement la question de la répartition légale de la propriété de ces épargnes, à tout le moins pour les couples en union libre. En effet, si le mariage introduit l’obligation de partager certains actifs à la séparation, dont les pensions et les REER, ce n’est pas le cas pour les couples en union libre. Cela peut engendrer des surprises advenant une séparation.

À titre d’exemple, le système de REER actuel encourage l’épargne-retraite par des moyens fiscaux, en offrant des déductions d’impôt. Ainsi, pour des couples aux revenus inégaux, il peut être avantageux de « remplir » en priorité le compte REER du conjoint gagnant le revenu le plus élevé.

« Sans entente formelle, les contributions appartiendront uniquement à la personne titulaire des comptes lors d’une séparation pour les couples en union libre, même si, durant la relation, on avait l’impression que le REER était accumulé pour les deux partenaires. »

Maude Pugliese, spécialiste en familles, en finances et en inégalités

Une piste de solution : penser à des contributions de la personne ayant le plus haut revenu à un REER au nom de la ou du partenaire. « Ces contributions sont elles aussi déductibles d’impôt, tant qu’elles ne dépassent pas la limite annuelle permise lorsque combinées aux contributions personnelles, tout en protégeant les deux partenaires en cas de séparation », souligne la spécialiste en familles, en finances et en inégalités.


Une répartition à court terme

La professeure Hélène Belleau s’attendait à ce qu’il y ait au moins autant de personnes qui disent gérer ensemble au quotidien (environ 50 %) que de conjoints qui se disent redistributifs sur le plan de l’épargne pour la retraite (un peu plus de 30 %). « Je trouve un peu étonnant que les conjoints aient le souci de mettre leurs revenus ensemble ou d’équilibrer les revenus de chacun au jour le jour, alors qu’ils ne le font pas à long terme », indique-t-elle. Par ailleurs, elle trouve le résultat encore plus étonnant dans le cas des gens mariés qui doivent partager une grande partie de leurs épargnes-retraites en raison de la loi sur le patrimoine familial.


Revoir la collecte de données

Les résultats de l’étude mettent en lumière des lacunes dans la collecte de données sur les finances personnelles au Canada. « Actuellement, les sondages de Statistique Canada sur ce sujet portent sur les dettes et les actifs des ménages, sans tenir compte de la répartition dans le couple, rapporte Maude Pugliese. C’est impossible de connaître les inégalités intrafamiliales de patrimoine et d’endettement. L’analyse des inégalités de genre dans ces domaines clés est tout aussi impraticable pour toutes les personnes en couple. »

Pour les chercheuses, il est impératif que les modalités de collecte de données sur le patrimoine et les dettes soient revues au Canada en s’inspirant des pratiques plus adaptées qui ont déjà été adoptées par de nombreux pays, notamment l’Allemagne, depuis déjà plusieurs années. 


À propos de l’étude

L’article « The Management of Retirement Savings Among Financially Heterogamous Couples », par Maude Pugliese et Hélène Belleau, a été publié en ligne dans la revue Social Policy and Society de la Cambridge University Press. L’étude a reçu un soutien financier du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH).