Ma recherche en série: le doctorat en virologie et immunologie de Clément Mazeaud

4 mai 2021 | Clément Mazeaud

Mise à jour : 7 mai 2021

Les virus sont indispensables dans l’équilibre des écosystèmes, mais ils peuvent aussi être de redoutables « pathogénies ».

Clément Mazeaud, étudiant au doctorat en virologie et immunologie à l'INRS
Clément Mazeaud, étudiant au doctorat en virologie et immunologie à l’INRS

Le monde de la microbiologie, et plus particulièrement celui de la virologie, m’a toujours passionné. Les virus, considérés comme étant à la limite du monde du vivant et du non-vivant, sont de formidables moteurs de l’évolution de la vie.

Travailler sur le fonctionnement des virus, et découvrir quelles protéines cellulaires et voies métaboliques sont détournées par ces parasites intracellulaires obligatoires m’ont poussé à poursuivre mes études au doctorat en virologie et immunologie. J’ai choisi d’entreprendre un projet dans le laboratoire du professeur Laurent Chatel-Chaix, au sein de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS). J’ai donc quitté ma France natale pour m’installer au Québec.


Déchiffrer les virus

Comprendre le fonctionnement des virus est une étape primordiale permettant de trouver des armes pour lutter contre certains de ces pathogènes. Cela n’a jamais été aussi vrai que depuis l’apparition du coronavirus SARS-CoV-2 à l’origine de la pandémie de COVID-19.

Ce pathogène a entrainé un changement drastique de nos modes de vie à travers le monde. Trouver un antiviral contre ce virus nous permettrait de regagner plus rapidement une vie normale. Nous savons toutes et tous à quel point cette vie d’avant peut nous manquer.


Le virus Zika et de la Dengue à l’étude

Pour ma part, je travaille sur deux flavivirus (virus transmis par les moustiques ou les tiques) : le virus Zika et le virus de la Dengue. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), ils font partie de la liste des pathogènes à haut risque pour l’humanité. On les nomme aussi des ARBOVIRUS, pour « ARthropode BOrn VIRUS », car ils peuvent infecter certains moustiques. Ceux-ci vont, lors de la piqure à l’humain, lui transmettre ces virus. Une fois transmis, ces pathogènes vont conduire à des infections plus ou moins sévères.

Les formes graves de la dengue sont des fièvres hémorragiques et des syndromes de choc, pouvant entrainer la mort. Pour le virus Zika, certaines personnes vont développer le syndrome de Guillain-Barré, une réaction auto-immune qui peut progressivement provoquer une paralysie. Effectivement, le système immunitaire, qui normalement est là pour protéger des maladies, peut se retourner contre la personne infectée…

Un autre gros problème avec le virus Zika, c’est son risque de transfert de la mère à l’enfant. En effet, au cours de la grossesse, il est possible que le virus infecte le fœtus et enraye ainsi son développement cérébral. Ce transfert en gestation se traduit malheureusement par la naissance d’enfant microcéphale. Même si, pour l’instant, aucun de ces virus n’est présent au Canada, nous ne sommes pas à l’abri de leur arrivée sur notre sol. Entre autres parce que le moustique Aedes albopictus, l’un des vecteurs de ce virus, a été retrouvé sur le territoire du Québec. Le réchauffement climatique pourrait permettre son expansion à travers le Canada.

Il est donc important d’étudier ces virus pour comprendre, d’une part, comment ils fonctionnent et, d’autre part, permettre de trouver de potentielles cibles thérapeutiques pour le développement de traitement. C’est notamment ce que je fais au laboratoire du Centre Armand-Frappier Santé Biotechnologie (AFSB).

Je cherche à comprendre comment ces virus régulent leurs génomes, au cours de leurs cycles réplicatifs, entre autres en identifiant de nouvelles protéines cellulaires détournées par ces Flavivirus.

Clément Mazeaud
L’équipe du laboratoire du professeur Laurent Chatel-Chaix (de gauche à droite) : Laurent Chatel-Chaix; Clément Mazeaud; Wesley Freppel; Anaïs Anton; Aïssatou Aïcha Sow; Nicolas Tremblay.

Le doctorat : l’expérience d’un parcours en recherche

Selon moi, le doctorat n’est pas seulement un diplôme, c’est avant tout une expérience de vie. Ça m’a permis de mieux me connaitre en me sortant de ma zone de confort et en me mettant au défi. Cette expérience en recherche me donne également l’occasion de voyager. Dans le cadre d’un congrès international, j’ai effectué un voyage en Irlande où j’ai pu échanger avec des chercheuses et des chercheurs étrangers sur mes travaux. J’ai aussi pu partager de bonnes bières avec mon collègue et ami Wesley Freppel, sur fond de musique folklorique.

Au Québec, en tant qu’expatrié, je me suis créé une vraie famille au sein de mon centre de recherche à Laval. Nous nous entraidons, partageons aussi bien nos joies que nos galères. Nous avons aussi le temps de faire des randonnées et de bonnes parties de pétanque dans les parcs en soirée (quand on le pouvait encore) et plein d’autres activités.

Dans le cadre de la lutte contre le SARS-CoV-2, les forces vives en recherche se sont mobilisées. Cet évènement me fait prendre conscience que j’ai choisi une profession me permettant de me sentir utile pour la société et qui me stimule à tous les niveaux.

Même si les derniers mois n’ont pas été de tout repos, principalement à cause de la COVID-19, cela m’a permis de collaborer avec plusieurs laboratoires du Centre Armand-Frappier Santé Biotechnologie.