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Place aux jeunes!

4 avril 2022 | Julie Robert

Mise à jour : 4 avril 2022

Des chercheuses de l’INRS contribuent au nouveau numéro de la revue Hommes & Migrations qui traite des jeunes adultes qui immigrent au Canada. 

Les jeunes adultes sont de plus en plus nombreux à vouloir migrer à l’étranger. Le Canada, et tout particulièrement le Québec, s’avèrent être des destinations ciblées par les trajectoires de jeunes en formation ou à la recherche d’une meilleure insertion professionnelle. Qui sont-ils? Comment s’intègrent-ils? Quels sont les défis qu’ils rencontrent?

Des chercheuses de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) et de la Chaire-réseau de recherche sur la jeunesse (CRJ) abordent ces enjeux liés à la migration des jeunes dans la revue Hommes & Migrations – la plus ancienne revue de sciences sociales spécialisée dans les faits migratoires en France et dans le monde.

Intitulé « Place aux jeunes! », ce tout premier numéro alliant les thématiques de la jeunesse et de l’immigration a été lancé le 2 avril 2022 lors d’une visioconférence en présence de ses contributrices et contributeurs des milieux universitaires et artistique. L’événement a eu lieu au Musée national de l’histoire de l’immigration, à Paris, et était diffusé simultanément à l’INRS, à Québec.

Les autrices et auteurs y analysent conjointement les tendances démographiques, les politiques migratoires, les parcours et les expériences de différents groupes de jeunes migrants. Leur objectif : restituer le paysage et les expériences migratoires de la jeunesse dans toute sa diversité.


Allier jeunesse et immigration

« Plus de la moitié de la migration économique mondiale est âgée de moins de 34 ans. Pourtant, la recherche sur l’immigration et celle sur l’emploi des jeunes restent très cloisonnées et sont peu interreliées. »

María Eugenia Longo, professeure à l’INRS et cotitulaire de la CRJ, qui est l’initiatrice de ce projet

À travers ce numéro, la CRJ souhaitait encourager la rencontre entre les équipes de recherche qui travaillent sur l’immigration et celles qui se penchent sur l’emploi des jeunes. Son objectif était d’engager une discussion et identifier les enjeux de l’immigration des jeunes au Canada et au Québec. Le numéro aborde entre-autres, les inégalités salariales, le racisme systémique, les représentations et les biais médiatiques des jeunes demandeurs d’asile « irréguliers », l’insertion socio-économique, etc.

« L’idée était de mettre en perspective deux processus qui définissent les jeunes: le passage à l’âge adulte et la mobilité géographique », explique la professeure Longo, spécialiste du rapport au travail.

Cover du livre Hommes et migrations

Grandir dans la mobilité géographique

La doctorante en sciences sociales Stéphanie Atkin s’est intéressée, dans le cadre de sa thèse, aux jeunes immigrants récents qui arrivent par choix au Québec. Que ce soit pour étudier, vivre une aventure, parfaire des compétences professionnelles, assumer son orientation sexuelle ou rejoindre la personne qu’ils aiment.

Pendant deux ans, elle a suivi une quarantaine de personnes âgées de 21 à 35 ans qui, au début de l’étude, étaient arrivées au Québec depuis 9 mois au moins et qui venaient principalement d’Europe, d’Afrique du Nord et d’Amérique du Sud.

« La jeunesse et l’immigration sont deux processus où l’on vit différentes transitions et expériences d’autonomie. Il faut faire parler ces deux objets d’études qui ne sont pas souvent mis en parallèle. »

Stéphanie Atkin

Elle a coordonné le dossier dans la revue et y cosigne, avec la professeure Longo, un article analysant la manière dont se déroule la transition vers l’âge adulte chez les jeunes migrants au Québec.

Les spécificités de leur expérience sont doubles : le processus migratoire agit comme un accélérateur du passage à la vie adulte, mais dont l’exploration des séquences s’effectue de manière solitaire.

« Nos recherches montrent que grandir dans la mobilité géographique c’est grandir dans la solitude, lance Stéphanie.  Faire le choix de la mobilité apparaît alors comme un vecteur d’émancipation personnelle pour ces jeunes, parce qu’être loin de leurs proches peut être l’occasion de prendre des décisions sans leur influence et de changer leurs conditions de vie actuelles. »

Parfois, ces jeunes s’installent durablement au Québec. Mais qui sont-ils et que deviennent-ils?


S’installer durablement au Québec

La doctorante en études des populations Johanna Cardona Campuzano cosigne un article, sous la supervision des professeures Nicole Gallant et Aline Lechaume, respectivement de l’INRS et de l’Université Laval, sur les jeunes qui s’installent durablement au Québec. À partir des données de l’Enquête sur les cheminements d’intégration au marché du travail des personnes immigrantes nouvellement arrivées, elles ont dressé un portrait statistique des jeunes immigrants ayant obtenu le statut de résident permanent, afin de mieux comprendre les étapes de leur parcours au Québec.

« Nos résultats révèlent que l’insertion professionnelle est légèrement meilleure chez les migrants plus jeunes et que le rôle des études dans leur projet migratoire est déterminant », explique Mme Cardona Campuzano. Selon la doctorante, cela peut s’expliquer par le fait que leur parcours migratoire s’inscrit souvent à l’intérieur de projets d’études, de sorte qu’ils s’insèrent dans des réseaux de soutien socioprofessionnel au Québec et qu’ils acquièrent une expérience de travail plus tôt dans leur chemin vers l’emploi.

« Ces éléments, ainsi que le passage plus fréquent par un statut temporaire avant l’obtention de la résidence permanente, semblent avoir une incidence sur l’insertion dans l’emploi », rapporte Johanna Cardona Campuzano.

À propos du numéro

Ce numéro de la revue Hommes & Immigrations regroupe plusieurs collaboratrices et collaborateurs de la CRJ, dont Stéphanie Atkin, Johanna Cardona Campuzano, Nicole Gallant et María Eugenia Longo, de l’INRS. Les autres partenaires universitaires sont l’Université Laval, le Laboratoire d’économie et de sociologie du travail (LEST) du Centre national de la recherche scientifique de l’Université Aix-Marseille ainsi que l’organisme québécois Place aux jeunes en région.