Le fleuve à contre-courant

22 mai 2012

( mise à jour : 22 mai 2012 )


Sous l’eau vive du Saint-Laurent se trouverait un lac inerte avec des variations étonnantes de température. Pourriez-vous faire un petit topo sur ce sujet?

 

Il s’agit d’une question que posait cette fin de semaine un lecteur du journal Le Soleil. Pour y répondre, le journaliste a interviewé l’océanographe Yves Gratton, professeur-chercheur au Centre Eau Terre Environnement de l’INRS.

 

Dans les profondeurs du Saint-Laurent, ce n’est pas un « lac inerte » que l’on trouve, mais un courant d’eau qui remonte le fleuve. Cela s’explique aisément selon Yves Gratton : « L’eau salée est plus dense (1,025 kg/l) que l’eau douce (1 kg/l) et les liquides de densités différentes ont tendance à demeurer séparés. À force de couler en sens inverse, les eaux douces et salées finissent par se mélanger, mais la tendance de départ se maintient, il y a un contre-courant d’eau salée au fond du fleuve. »

 

Cette eau relativement froide (2 à 5 °C) et salée (33 à 34 parties de sel par millier) pénètre dans le golfe du Saint-Laurent en contournant Terre-Neuve. Cette masse d’eau « remplit » les profondeurs du golfe à partir de 125 m jusqu’au fond. Elle remonte ensuite l’estuaire et le fleuve en empruntant le chenal laurentien, une longue vallée sous-marine. Au-dessus de cette strate d’eau de fond se trouve une couche intermédiaire d’eau plus légère, un peu moins salée (32 à 33 parties de sel par millier) et plus froide (- 1 à 2 °C). Et au-dessus de cette dernière se trouve la couche de surface qui disparaît en hiver.

 

« Ainsi, reprend Yves Gratton, l’eau entre par le fond parce qu’elle est plus dense, par la suite, la pression la fait remonter. Ce n’est donc pas un « lac » que l’on retrouve dans les profondeurs du golfe et de l’estuaire, mais un contre-courant de fond qui se déplace lentement. »

 

Fait intéressant, cette pression est suffisante pour faire remonter l’eau du chenal laurentien le long d’une imposante falaise sous-marine à la hauteur de Tadoussac, ce qui, avec le brassage des eaux du Saguenay et du Saint-Laurent, contribue à en faire un lieu exceptionnel pour l’observation des baleines.

 


Source :

Le fleuve à contre-courant

Journaliste : Jean-François Cliche

Journal : Le Soleil

Parution : 20 mai 2012

 

Photo : Guillaume Jouve