L’avenir des universités passe par un système d’éducation fort

Publié par Luc-Alain Giraldeau

29 juillet 2020

( mise à jour : 26 octobre 2020 )

L’éducation occupe l’avant-scène des préoccupations depuis quelque temps, et tous les regards sont notamment tournés vers le nouveau gouvernement de François Legault, qui a promis d’en faire la priorité parmi les priorités.

Les universités, dans la foulée, n’ont pas manqué de rappeler que leur avenir passe par un réinvestissement. Il fait consensus que l’écart avec les universités canadiennes gagnerait à être réduit. Mais pour cerner le réel enjeu pour la survie de nos établissements universitaires, on doit poser son regard bien en amont des lignes comptables. Aujourd’hui, je lance un appel à toute la société québécoise pour qu’ensemble, on fasse de la valorisation de la connaissance et de l’éducation un objectif commun, unanime et enthousiaste.

En tant que directeur général d’un établissement universitaire de recherche et de formation aux deuxième et troisième cycles, je me trouve tout au bout de la chaîne du système d’éducation québécois. À ce titre, je m’en sens solidaire et redevable, et j’applaudis lorsqu’une réelle volonté d’améliorer l’école québécoise est mise en avant. J’espère d’ailleurs que l’on cessera d’opposer investissement dans un système d’éducation préscolaire, primaire et secondaire fort et financement des établissements postsecondaires. Un investissement dans nos écoles ne peut que devenir un investissement indirect dans nos universités. Ce que les écoles produisent, c’est la matière première future des universités : des jeunes curieux, intéressés par le savoir, la connaissance, la culture et la science.

Je veux exprimer ma solidarité avec tous les enseignantes et enseignants, les directions d’écoles et les acteurs du système d’éducation. Nous faisons partie d’un même système et c’est d’une seule voix que nous devons demander un réinvestissement pour tous.

article de dossier sur l'avenir des universités

Société la plus éduquée

Le Québec accuse un retard historique en matière d’éducation. Dans les années 1960, nous nous sommes donné collectivement l’objectif de combler le fossé avec les autres pays développés et le reste du Canada. Nous avons ouvert des polyvalentes, créé le réseau des cégeps et, il y a 50 ans, le réseau de l’Université du Québec, dont l’INRS fait partie. C’était ambitieux de mener tous ces chantiers à bien et nous avons pourtant réussi. Le Québec a parcouru un grand bout de chemin, mais nous ne pouvons toutefois plus nous satisfaire de rattraper la moyenne canadienne ou des pays de l’OCDE. Nous devons rêver maintenant de devenir la nation la plus éduquée au monde.

Ce que les écoles produisent, c’est la matière première future des universités : des jeunes curieux, intéressés par le savoir, la connaissance, la culture et la science.

Luc-Alain Giraldeau

Le résultat d’une société éduquée, c’est une culture riche et vivante, ce sont des créateurs reconnus à travers le monde, des scientifiques de renom dont les découvertes font notre fierté, des citoyens engagés dans la vie démocratique, capables de créer des entreprises innovantes et performantes.

L’INRS forme les chercheurs de demain dans des domaines cruciaux tels l’environnement, les télécommunications, les nouveaux matériaux, la santé et la culture. L’INRS se classe premier au Québec en intensité de recherche, soit le financement obtenu par nos professeurs. Malgré cela, je ne peux m’empêcher de m’inquiéter : qui seront nos étudiants, demain, si en tant que société, nous ne déployons pas davantage d’efforts pour valoriser le savoir et l’école, dès le préscolaire ?

Évidemment, comme directeur général de l’INRS, je rêve de retrouver chez moi une demande sans cesse croissante de formation à la recherche dans des créneaux stratégiques pour le développement du Québec. Pour cela, nos écoles doivent parvenir à donner davantage le goût des études aux jeunes du Québec. L’avenir de mon université appelle le Québec tout entier à entretenir ce goût du savoir, le goût de l’université et de la recherche. Pour y arriver, la reconstruction et le réinvestissement en éducation doivent devenir prioritaires. Il nous faut valoriser le métier d’enseignant, mieux les rémunérer, les appuyer, leur construire des écoles inspirantes, et c’est ainsi que nous pourrons, à terme, espérer attirer davantage d’étudiantes et d’étudiants dans mon établissement universitaire et permettre à l’INRS d’accomplir la mission émancipatrice que la Révolution tranquille lui a confiée. Et pourquoi tout cela? Pour mener ensemble le Québec au titre de nation la plus instruite et la plus émancipée du globe.

Ce texte d’opinion a été publié dans la section Idées du journal Le Devoir, édition du 16 janvier 2019.