- Ma recherche en série
Des étudiantes et des étudiants de l’INRS vous présentent leurs parcours professionnel et personnel dans le vaste monde de la recherche.
Karima Hadria Gondry, étudiante à la maîtrise
Faire un retour aux études au Québec, après avoir passé une quinzaine d’années sur le marché du travail en France, ce n’est pas banal. Mais quand ça mène à des expéditions dans l’Arctique au Nunavut, c’est simplement extraordinaire!
En 2008, mon parcours scolaire était vraisemblablement arrivé à destination : forte d’un baccalauréat en chimie analytique, je foulais le sol du marché du travail en tant qu’analyste en chimie environnementale. Mais les 14 années suivantes, pendant lesquelles j’ai côtoyé les scientifiques des diverses institutions où j’ai travaillé, ont fait naître en moi l’envie d’étudier les contaminations des écosystèmes.
J’ai quand même hésité avant de me décider officiellement à reprendre les études… C’était tout un changement de cap! Mais ce que j’ai interprété comme un signe du destin m’a aidée à me jeter à l’eau : alors que j’étais en train de visiter l’exposition photographique Aqua Mater de Sebastião Salgado, dont le but était de sensibiliser le public à l’eau comme bien commun essentiel mais menacé, j’ai appris que ma candidature à la maîtrise professionnelle en sciences de l’eau à l’INRS avait été acceptée!
Ce retour en milieu universitaire en 2022 a élargi mes perspectives. J’y ai notamment découvert l’écotoxicologie, une discipline qui m’a permis d’adopter une vision plus intégrée des enjeux : en complément de la caractérisation chimique, je souhaitais désormais comprendre les effets des contaminants sur les organismes et les écosystèmes.
J’ai eu la chance d’intégrer l’équipe de recherche de la professeure Anne Crémazy pour étudier l’évaluation des effets du nickel sur le phytoplancton de l’océan Arctique, ce qui aide à mieux comprendre et gérer les impacts potentiels de l’industrie minière en Arctique.


Cette région du globe fait face à de nombreux défis environnementaux, parmi lesquels figure l’exploitation grandissante de ses ressources géologiques, dont le nickel. On ne dispose que de très peu de données toxicologiques du nickel sur les espèces de régions polaires, bien que ce métal clé pour la transition énergétique figure sur la liste des minéraux critiques et stratégiques établie par le gouvernement du Canada. Je vise à combler ce manque de données pour le phytoplancton marin arctique. Car oui, bien que microscopiques, les microalgues sont d’une grande importance pour tout l’écosystème marin, puisqu’elles sont à la base de la chaîne alimentaire.
C’est ainsi que j’ai passé beaucoup de temps en laboratoire – coiffée d’une tuque dans la chambre froide! -, mais aussi… en Arctique! Je m’y suis rendue en mai 2025 pour prélever des algues de glaces et procéder à des tests à la Station canadienne de recherche de l’Extrême-Arctique, gérée par Savoir Polaire Canada et située à Iqaluktuuttiaq (Cambridge Bay), au Nunavut. Ç’a été beaucoup de travail, mais aussi l’une des meilleures expériences de ma vie!



J’étais donc ravie d’y retourner en février 2026 pour les premières portes ouvertes scientifiques de Savoir Polaire Canada, dans la salle commune de la ville, afin de partager les résultats des recherches à la communauté et de promouvoir la science aux élèves des écoles.
Au-delà des compétences techniques et organisationnelles liées à l’aspect purement scientifique de la recherche, ma maîtrise à l’INRS me nourrit beaucoup sur le plan humain. J’ai énormément appris sur les écosystèmes nordiques et sur les communautés y vivant.
Entre autres, lors d’une formation transdisciplinaire sur l’économie bleue en Arctique* à Kuujjuaq, au Nunavik, et dans la baie d’Ungava à bord du navire de la Garde côtière Amundsen, j’ai pu resituer mes travaux de maîtrise dans un cadre plus large, en prenant connaissance des enjeux sociaux, économiques et culturels auxquels font face les communautés Inuit. J’ai alors mieux saisi la portée réelle de la recherche environnementale dans ces territoires, et particulièrement de celle liée à la régulation des activités minières.





Une telle expérience confirme la pertinence de la transdisciplinarité et de l’intégration des savoirs multiples. Travailler en collaboration avec tous les acteurs impliqués, qu’ils soient scientifiques, politiques ou citoyens, est essentiel pour mener à bien des projets aussi bien à grande envergure sociale qu’à plus petite échelle. Pour moi, la transdisciplinarité en recherche, qui fait la force de l’INRS, est indispensable pour trouver des solutions viables à des problèmes complexes.
Je ne regrette absolument pas ce retour aux études plutôt tardif. Ce n’est pas particulièrement facile de reprendre le rythme intense de la vie d’étudiante, mais c’est possible quand on choisit un sujet qui nous passionne.
Le sociologue Edgard Morin avait pour son dire que « la connaissance est une navigation dans un océan d’incertitudes à travers des archipels de certitudes »; il en est de même pour la recherche. Pour naviguer cet océan d’incertitudes et me rendre à bon port, j’ai la chance de compter sur le soutien de tout un réseau. Merci de m’épauler dans cette aventure!
*Ce programme, qui était organisé par Sentinelle Nord de l’Université Laval avec le Partenariat circumpolaire WAGE et qui est maintenant terminé, a fait l’objet de l’émission documentaire Découverte diffusée le 30 mars 2025 à Radio-Canada.