La Chaire de recherche du Québec sur l’intelligence artificielle et le numérique francophones est placée sous la responsabilité de Jonathan Roberge, professeur à l’INRS, et de Destiny Tchéhouali, professeur à l’UQAM. Elle bénéficie d’un financement de 1,88 M$ sur cinq ans, accordé par le Fonds de recherche du Québec (Secteur Société et culture) dans le cadre du Programme des Chaires de recherche du Québec – Langue française. Les travaux de la Chaire s’articulent autour de trois axes interdisciplinaires : 1) Écosystème techno-scientifique de l’IA d’ici ; 2) Enjeux socio-culturels : entre plateformisation et découvrabilité des contenus francophones ; 3) Gouvernance, réglementation et devenir des politiques publiques.
Contexte et cadre d’activité
Dans un contexte marqué par l’essor rapide de l’intelligence artificielle générative et la recomposition des rapports de pouvoir numériques, la gouvernance de l’IA s’impose comme un enjeu central pour la souveraineté culturelle et linguistique des sociétés francophones. Porté notamment par le Pacte numérique mondial (Global Digital Compact) adopté par l’ONU en 2024 et par les travaux de l’UNESCO sur l’éthique de l’IA et la mise en oeuvre de la Convention de 2005 dans l’environnement numérique, le débat international souligne l’importance de la diversité culturelle et linguistique face à des systèmes qui façonnent désormais la production, la circulation et la recommandation des contenus. Dans ce contexte, une gouvernance fondée sur l’inclusivité, la responsabilité et l’équité est essentielle pour permettre aux communautés francophones de préserver la vitalité de leurs expressions culturelles, tout en participant activement à la définition des normes et choix technologiques qui structureront l’écosystème numérique de demain.
Au Canada et au Québec, l’élaboration en cours d’une Stratégie nationale en matière d’intelligence artificielle s’inscrit dans un paysage législatif et politique particulièrement dense (Loi C-11 sur la diffusion continue en ligne, Loi sur la radiodiffusion, Loi sur les langues officielles, Loi sur le droit d’auteur, Loi 109 affirmant la souveraineté culturelle du Québec et instituant un cadre de découvrabilité des contenus culturels francophones dans l’environnement numérique, Loi 25 sur la protection des renseignements personnels), que viennent compléter des initiatives structurantes telles que la Déclaration de Montréal pour un développement responsable de l’IA, la Stratégie gouvernementale de cybersécurité et du numérique 2024-2028 du Gouvernement du Québec, la Banque de données gouvernementales et culturelles en français et en langues autochtones, ou encore la Stratégie France-Québec 2025-2030 pour la diversité des contenus culturels dans l’environnement numérique.
Cet ensemble de leviers normatifs et politiques, encore largement à consolider et à articuler entre eux, ouvre un espace inédit pour penser et agir collectivement sur la gouvernance de l’IA en faveur des communautés francophones. C’est dans ce contexte que la Chaire IANF lance cet appel d’intérêt pour un stage postdoctoral centré sur la gouvernance de l’IA à des fins de promotion et de protection de la diversité culturelle et linguistique, avec un accent particulier sur la situation du Québec et de la francophonie canadienne et internationale.
Description du projet de recherche
Le ou la stagiaire postdoctoral.e poursuivra ses propres recherches tout en les arrimant aux questionnements structurant la Chaire, notamment en ce qui a trait à la rencontre entre les systèmes d’IA et les politiques publiques en matière de découvrabilité, de soutien à la culture et à la langue française.
Les projets pourront combiner des approches théoriques et pratiques, y compris des méthodes computationnelles, des études de cas qualitatives et des approches participatives impliquant des acteurs culturels et institutionnels. Le ou la stagiaire pourra consacrer jusqu’à 70 % de son temps à la recherche (publications, conférences, rapports et notes de synthèse) et 30 % à des activités professionnelles directement liées à la Chaire (mobilisation des connaissances, projets partenariaux, vulgarisation, etc.). Les travaux à mener s’inscriront notamment dans l’un ou plusieurs des axes thématiques suivants :
Axe 1 – Gouvernance internationale et cadres réglementaires
Cet axe porte sur l’analyse comparée des cadres de gouvernance de l’IA et de leurs implications pour la diversité culturelle et linguistique francophone. Le ou la stagiaire sera invité.e à explorer : a) les engagements du Pacte numérique mondial et leur déclinaison dans les politiques culturelles canadiennes et québécoises ; b) la mise en oeuvre et l’effectivité des instruments réglementaires internationaux et nationaux en regard des enjeux et défis liés à la transparence des algorithmes, à l’explicabilité des résultats des systèmes de recommandation, ainsi qu’à la découvrabilité et l’accès à une diversité linguistique de contenus culturels en ligne au Québec ; c) les articulations entre la Stratégie canadienne en matière d’IA et les politiques linguistiques et culturelles existantes ; d) la position des acteurs francophones (gouvernements, organismes culturels, société civile) dans les forums internationaux de gouvernance de l’IA et de l’Internet (UNESCO, Union internationale des télécommunications, G7, OCDE, SMSI, IGF,…).
Axe 2 – Biais linguistiques des grands modèles de langage (LLMs)
Cet axe propose une analyse empirique des biais linguistiques et culturels qui affectent les modèles de langage en ce qui concerne le français, et plus particulièrement le français québécois et les variétés régionales de la francophonie. Le ou la stagiaire sera amené.e à contribuer à des recherches pouvant déboucher sur : a) l’évaluation comparative des performances des principaux LLMs (francophones et anglophones) sur des corpus culturels et linguistiques québécois et francophones ; b) l’identification des mécanismes structurels (données d’entraînement, architectures, processus de fine-tuning) produisant ces biais et leur impact sur la représentation des identités culturelles francophones ; c) la formulation de recommandations à l’intention des concepteurs de modèles, des gouvernements et des acteurs culturels pour corriger ces biais et favoriser le développement d’IA souveraines adaptées aux contextes linguistiques francophones ; d) la contribution à l’émergence de standards d’évaluation de l’équité linguistique dans les systèmes d’IA.
Axe 3 – IA générative et découvrabilité des contenus culturels francophones
Cet axe s’intéresse à l’impact des systèmes d’IA générative sur la visibilité, la circulation et la découvrabilité en ligne des contenus culturels québécois et francophones. Le ou la stagiaire pourra consacrer une partie de ses recherches : a) l’analyse des effets des algorithmes de recommandation et des agents conversationnels sur la découvrabilité des oeuvres musicales, cinématographiques, littéraires et audiovisuelles francophones ; b) l’examen des pratiques et stratégies d’adaptation des industries créatives et culturelles (ICC) québécoises et francophones face à l’essor des interfaces génératives comme point d’entrée aux contenus culturels ; c) la mise en conformité ou le contournement par les services de diffusion continue en ligne des obligations de mise en valeur des contenus canadiens et francophones imposées par la réglementation existante au Canada/Québec et de manière comparative en Europe ; d) la formulation des recommandations politiques à l’intention du gouvernement du Québec, du gouvernement fédéral, des organismes de financement culturel et des acteurs culturels pour renforcer la découvrabilité francophone à l’ère de l’IA.
Date de début
Lundi 17 août 2026
Supervision du stage postdoctoral
Jonathan Roberge, professeur à l’INRS, et de Destiny Tchéhouali, professeur à l’UQAM
Exigences et habiletés particulières
- Diplôme de doctorat (ou soutenance prévue imminente) dans un champ d’étude compatible avec les travaux
de la Chaire : communication, science politique, sociologie, études culturelles, droit du numérique, STS,
linguistique computationnelle, ou discipline connexe ; - Compétences méthodologiques avancées (méthodes qualitatives, quantitatives ou mixtes ; connaissance
des méthodes computationnelles un atout sérieux) ; - Intérêt marqué et connaissance démontrée des enjeux de gouvernance de l’IA, de politiques culturelles
numériques, de diversité linguistique ou de découvrabilité des contenus ; - Connaissance des cadres réglementaires canadiens et québécois pertinents (radiodiffusion, langues
officielles, droit d’auteur) et/ou des processus et acteurs internationaux de gouvernance de l’IA (ONU,
UNESCO, UIT, OMPI, OCDE, OIF, etc.) ; - Intérêt et expérience en mobilisation des connaissances auprès du grand public, des acteurs culturels, des
milieux institutionnels et du corps politique ; - Capacité à travailler de façon autonome et à prendre des initiatives, tout en communiquant et se
coordonnant avec une équipe de recherche multidisciplinaire ; - Excellente maîtrise du français (écrit et parlé) ; bilinguisme français-anglais, un atout ;
- Respect des échéances, sens de l’organisation et rigueur intellectuelle.
Conditions de l’offre et informations pratiques
Le financement disponible est d’une durée d’un an, à raison de cinq jours par semaine, pour une valeur annuelle approximative de 60 000 $ CAD (incluant les charges sociales selon la convention en vigueur dans l’établissement d’accueil). Un soutien financier pour les déplacements (conférences, missions de terrain) est également prévu. Le ou la chercheur.e postdoctoral.e. sera recruté.e à l’UQAM et réalisera son mandat sous la supervision principale du professeur Destiny Tchéhouali (professeur au Département de communication sociale et publique de l’UQAM).
La personne recrutée sera aussi appelée à collaborer ponctuellement avec le cotitulaire de la Chaire, le professeur Jonathan Roberge (INRS), ainsi qu’avec les co-chercheur.es de la Chaire [Florence Millerand (UQAM), Claudine Bonneau (UQAM), Romuald Jamet (INRS), Guillaume Blum (ETS), Virginie Hébert (INRS/UQAR), Georges Azzaria (Université Laval), Fenwick Mckelvey (Concordia)], ayant des intérêts et des projets de recherche en lien avec cette offre.
Présentation d’une candidature
Les candidat.es intéressé.es sont invité.es à soumettre leur dossier de candidature (en un seul document PDF), au plus tard le vendredi 7 août 2026 (à 16 h, fuseau horaire de Montréal – EST), à la coordinatrice de la Chaire, Laurianne Deschatelets, à l’adresse suivante : deschatelets.laurianne@inrs.ca Les candidat.es retenu.e.s seront contacté.e.s pour un entretien (présentiel ou visioconférence) dans la troisième semaine du mois d’août. La date d’entrée en fonction est prévue pour le lundi 17 août 2026.
Le dossier de candidature doit inclure (en un seul document PDF) :
- 1) Une lettre de motivation (2 pages maximum) exposant le parcours du/de la candidat.e, décrivant l’adéquation de son profil aux missions proposées et les contributions envisagées au projet ;
- 2) une note d’intention (2-3 pages) présentant une perspective de recherche en lien avec l’un ou plusieurs des axes
thématiques décrits ci-dessus : problématisation, question centrale, approche méthodologique envisagée et
retombées anticipées pour les politiques publiques ; - 3) un curriculum vitae académique, incluant la liste des publications et communications ;
- 4) Un ou deux textes représentatifs des travaux antérieurs (articles publiés, chapitres de thèse ou textes de
communication) en lien avec la fiche de poste ; - 5) Les noms et coordonnées de deux répondant.es académiques.
Soucieuses d’être représentatives de la société québécoise et déterminées à s’enrichir de sa diversité, l’UQAM et l’INRS invitent toutes les personnes qualifiées à soumettre leur candidature, en particulier les femmes, les personnes autochtones, les membres de minorités visibles et ethniques, ainsi que les personnes handicapées relativement au Programme d’accès à l’égalité en emploi (PAÉE) et valorisant l’équité, la diversité et l’inclusion. Conformément aux exigences canadiennes en matière d’immigration, la priorité devra être accordée aux personnes ayant les autorisations nécessaires pour travailler au Canada.