- Perspectives improbables
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18 mai 2026
Mise à jour : 15 mai 2026
La série « Perspectives improbables » braque les projecteurs sur des sujets de recherche inusités qui marquent l’esprit et invitent à la réflexion.
Joël Wheeler-Noiseux
Tout est parti d’une volonté de mieux comprendre comment inciter les personnes aînées à marcher davantage pour garder de saines habitudes de vie. Joël Wheeler-Noiseux, alors étudiant à la maîtrise en études urbaines de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), souhaitait d’abord explorer les obstacles purement physiques aux promenades quotidiennes de cette frange de la population.
Or, il s’aperçoit vite d’un point commun dans le discours des personnes interrogées : l’importance de quatre sens dans les habitudes de marche, soit la vue, l’ouïe, l’odorat et le toucher. Après vérification, Joël s’aperçoit que la littérature scientifique n’a pas encore beaucoup approfondi cet aspect. Une manne pour l’étudiant de l’époque.
Si l’on parle de plus en plus de marchabilité, autrement dit la capacité d’un environnement urbain à permettre des déplacements faciles et sécuritaires pour les piétons, ce concept se concentre a priori sur les questions d’aménagements. Joël Wheeler-Noiseux propose plutôt d’étudier la marchabilité sous le prisme des sens.
« Cette expérience sensible de la marche reste un angle peu étudié dans la recherche sur la mobilité urbaine, soulève le diplômé. Or, on remarque que les personnes aînées considèrent la marche non seulement comme un moyen de déplacement, mais comme une finalité en soi. La marche est un vecteur de plaisir, de confort et d’expérience. »
Sous la direction de la professeure Marie-Soleil Cloutier, l’équipe dont faisait partie Joël a donc suivi trente-sept personnes de 65 ans et plus dans leurs déplacements quotidiens. À lui tout seul, il en a suivi dix-sept. Chaque personne choisissait elle-même le trajet et partageait ses impressions au fur et à mesure. En nommant les facteurs de joie, de stress, de curiosité qui ponctuaient leurs sorties, ces personnes ont fourni des informations précieuses sur leur manière d’appréhender le monde de la ville. « Nous avons pu documenter les interactions entre le corps, les sens, les émotions et l’environnement urbain », commente Joël Wheeler-Noiseux.
Et quand on lui demande s’il en garde une anecdote en particulier, Joël n’a aucune hésitation. « Toutes ces personnes, sans exception, m’ont parlé de l’odeur des lilas. Même une dame qui avait perdu l’odorat m’en a parlé, car le fait de voir les arbres en fleur lui faisait revenir l’odeur en mémoire. » Quelques participantes et participants résidant proches d’écoles primaires ont également mentionné leur préférence pour des promenades à l’heure des récréations : entendre les enfants jouer ajoutait du charme à leur déplacement.
Ces entretiens semi-dirigés, sous forme de parcours commentés, ont démontré que les promenades quotidiennes représentent un événement en soi. Loin d’être une simple façon de se déplacer, la marche est une ouverture sur l’extérieur, un moyen de socialiser, de profiter d’un moment, d’une température.
Une conclusion qui tend à établir, selon l’ancien étudiant, que les aménagements urbains ne peuvent pas être purement structurels. « On peut avoir de superbes trottoirs aménagés, mais s’ils sont dépourvus de bancs ou d’ombrage, la cible est manquée. On bâtit nos réseaux de manière fonctionnelle, mais la marche n’est pas seulement utilitaire. On se promène beaucoup pour le plaisir, surtout chez les personnes aînées. »
Aujourd’hui conseiller en mobilité active, Joël Wheeler-Noiseux est d’avis que ces données peuvent s’avérer très pertinentes pour alimenter les politiques municipales, les initiatives de santé publique et les aménagements urbains centrés sur le vieillissement actif. « En matière d’urbanisme, il faut considérer la ville à la fois comme un espace à parcourir et comme un espace à ressentir. Et, en centrant ces réflexions sur les besoins des personnes aînées, on rendra la ville plus accueillante pour tout le monde. »
Diplômé de l’INRS à la maîtrise en études urbaines, Joël Wheeler-Noiseux agit comme conseiller en mobilité active auprès de l’organisme Vélo Québec. Il détient un baccalauréat en géographie de l’Université de Montréal.
Étudiant engagé dans sa communauté, il a agi comme coordonnateur et comme trésorier de l’association étudiante du Centre Urbanisation Culture Société de l’INRS, et a été coordonnateur à la vie étudiante de l’Association des étudiants et des étudiantes en géographie de l’Université de Montréal.
Le 28 mai prochain, Joël recevra d’ailleurs le prix Jean-Pierre-Collin 2025 pour le meilleur mémoire en études urbaines. Le prix lui sera remis lors du Colloque de la Relève du réseau Villes Régions Monde.
Moteur de recherche, Radio-Canada, « Quelle est la marchabilité des environnements urbains québécois pour les aînés? »
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