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Perspectives improbables : Maria José Visconti, quand les odeurs d’une ville renforcent le sentiment d’appartenance

31 mars 2026

Mise à jour : 24 mars 2026

La série « Perspectives improbables » braque les projecteurs sur des sujets de recherche inusités qui marquent l’esprit et invitent à la réflexion.

Maria José Visconti, professionnelle de recherche à l’INRS.

Avez-vous déjà remarqué comme certaines odeurs sont associées à une ville ou à un quartier ? Cette observation a donné naissance aux travaux de Maria José Visconti, professionnelle de recherche à l’INRS, qui étudie le lien entre perception olfactive et développement du sentiment d’appartenance envers des espaces.

« Quand on décrit un secteur urbain, on pense à dire s’il est propre, beau ou calme, autrement dit, à le qualifier par la vue ou l’ouïe. On passe plus rarement par l’odorat, ou, si c’est le cas, ce sont souvent des évocations négatives », souligne la chercheuse. Cigarette, circulation, pollution de l’air sont les premiers éléments qui viennent à l’esprit. Les travaux en études urbaines n’échappent pas toujours à ce biais. « Ma recherche vise en partie à déconstruire cet imaginaire négatif sur la perception olfactive, en rappelant qu’il existe une foule d’odeurs positives en ville. »

L’identité olfactive, l’ADN d’une ville

« Les odeurs font partie de l’identité d’un lieu, et constituent son patrimoine olfactif », poursuit Maria José Visconti. Ainsi va-t-elle décortiquer les odeurs propres à chaque quartier : celles des plantes et des parcs, celles liées aux activités commerciales, ou encore celles des épiceries et des restaurants dans des quartiers reconnus pour leur communauté internationale.

Ce paysage olfactif participe directement à façonner le milieu urbain, analyse la chercheuse. « Comme la perception de chaque odeur sera doublée d’une expérience individuelle, on peut dire que la ville, par le biais de ses odeurs, sera vécue différemment par chaque personne. L’odorat peut donc agir comme vecteur d’attachement très personnel à l’espace. »

Si l’on choisit d’abord de s’installer dans un quartier pour son voisinage ou ses services de proximité, elle rappelle que les odeurs ont un rôle à jouer. « Après ces premiers facteurs décisionnels qui sont très concrets, on constate que les odeurs et l’ambiance se chevauchent avec une complémentarité très importante. Les odeurs sont les témoins invisibles de l’atmosphère urbaine et des émotions qui y sont rattachées. »

Exemples : l’odeur du pain chaud dégagée par la boulangerie du coin ; les odeurs de barbecue émanant d’un parc pendant la saison estivale ;  les effluves des fleurs et fines herbes dans les bacs communautaires placés sur les trottoirs.

Durant sa maîtrise en études urbaines à l’INRS, Maria José Visconti a échangé avec quatorze personnes, qu’elle a suivies dans les rues et ruelles de Montréal sur la piste de leurs odeurs quotidiennes et appréciées. « Ça a donné des rencontres extraordinaires qui nous ont permis de comprendre comment les gens vivent les espaces d’une manière à la fois individuelle, culturelle et collective à travers les odeurs perçues. »

Les odeurs, un tremplin pour améliorer la vie en ville

En conclusion, Maria José Visconti souligne l’ouverture permise par ses travaux : aller à la rencontre des urbanistes et des municipalités pour améliorer l’expérience urbaine via les aménagements, en évitant certains angles morts.

« Souvent, on se représente la ville comme un espace aliénant, chaotique, mais il y a une manière de rendre les espaces plus confortables, conviviaux. Les odeurs viennent clairement jouer un rôle dans ces sensations positives », observe l’étudiante de l’INRS.

En effet, la recherche scientifique a déjà démontré que la perception olfactive négative entraîne une réaction physique chez l’humain et l’appelle à la vigilance. Instinctivement, les nuisances olfactives seront interprétées par le corps comme d’éventuelles sources de menace. Dans cette même logique, des odeurs perçues positivement ont un lien direct avec le sentiment de bien-être.

La chercheuse suggère notamment la prise en compte des allergies dans le choix des espèces florales et l’aménagement des parcs, l’utilisation de matériaux spécifiques pour le mobilier urbain, comme le bois qui interagit avec la pluie et dégage une odeur réconfortante, ou encore l’installation de fontaines pour des odeurs minérales. Tous ces détails qui, en matière de décisions urbanistiques, pourraient exercer une influence directe sur l’augmentation du sentiment de bien-être des résidentes et résidents.

Profil de la professionnelle de recherche

Maria José Visconti est professionnelle de recherche au sein du réseau interuniversitaire Villes Régions Monde. Finissante à la maîtrise en études urbaines de l’INRS sous la direction de Sandra Breux, elle détient un baccalauréat de l’Université de Montréal en rédaction professionnelle et communication appliquée.