
À l’INRS, nous valorisons le rayonnement de notre expertise au sein des communautés pour faire toujours mieux circuler et grandir le savoir. Ainsi, le jeudi 19 mars dernier, nous avons accueilli dans nos murs la Journée d’étude Inégalités territoriales dans l’offre scolaire secondaire et postsecondaire au Québec, organisée par le Groupe d’étude en statistique sociale (GESS).
C’est plus précisément au Centre Urbanisation Culture Société, à Montréal, que Véronique Grenier, chercheuse postdoctorale Banting, et Xavier St-Denis, professeur agrégé du Centre et directeur du GESS, ont présenté les premiers résultats de leur recherche, à laquelle participent également Sebastian Gonzalez Pineda et Ralph Zakhour en tant qu’assistants de recherche.
Véronique Grenier nous en apprend ici un peu plus sur leurs travaux.
Quel est l’objectif du projet?
Ce projet s’intéresse à la stratification de l’offre scolaire dans les écoles secondaires québécoises. Il vise à peaufiner notre compréhension des disparités d’accès aux écoles publiques et privées, ainsi qu’à leurs projets pédagogiques particuliers (par exemple Sport-études, Arts-études, le Programme d’éducation internationale, etc.) grâce à une analyse territoriale.

Comment ce projet de recherche se rattache-t-il aux préoccupations exprimées sur la place publique au sujet du système scolaire québécois?
Les médias parlent souvent d’un système scolaire à « trois vitesses », faisant ainsi référence : 1-aux programmes réguliers offerts dans les écoles publiques; 2-aux projets pédagogiques particuliers (PPP) offerts dans les écoles publiques; et 3-aux écoles privées (avec ou sans PPP). Or, la recherche que nous menons indique que cette réalité n’est pas applicable à l’ensemble du territoire. Par exemple, dans certains contextes locaux, il n’y a ni PPP ni écoles privées.
Par ailleurs, il serait plus juste de parler de « voies hiérarchisées » plutôt que de « vitesses ». Les jeunes qui étudient à l’école privée ou dans un programme particulier, comme Sport-études ou le Programme d’éducation internationale, ne finissent pas le secondaire plus rapidement : ces jeunes le terminent dans un délai similaire, mais avec des connaissances enrichies et des opportunités supplémentaires.
Notre projet de recherche nous permet de développer une compréhension plus territorialisée de la stratification de l’offre scolaire, de mettre de l’avant sa variabilité et de mieux comprendre ses effets différenciés sur les parcours scolaires.
Quels types d’analyses avez-vous menés à ce jour? Avez-vous obtenu des résultats?
Notre équipe s’affaire à construire une base de données originale et novatrice pour documenter l’offre scolaire sur le territoire québécois. Nous recensons les PPP offerts dans toutes les écoles secondaires du Québec, ainsi que certaines de leurs caractéristiques comme les critères de sélection des élèves et les frais d’inscription. Nous collectons systématiquement des informations issues des sites Web des établissements scolaires, des centres de services ou commissions scolaires ou du gouvernement. Bref, en procédant à l’analyse descriptive de la répartition des PPP à différentes échelles du Québec, notamment selon les régions administratives et les centres de services ou commissions scolaires, nos travaux montrent que l’offre scolaire offre des opportunités qui varient beaucoup d’un endroit à l’autre.
Nous avons aussi développé une seconde méthode pour documenter l’accès aux écoles et aux PPP selon les territoires. Pour chaque aire de diffusion au Québec (soit la plus petite unité géographique utilisée par Statistique Canada et pour laquelle les données sociodémographiques du Recensement de la population sont accessibles), nous identifions le nombre d’écoles accessibles dans un rayon de 15 km (à Montréal) ou de 50 km (à l’extérieur de Montréal) et leurs caractéristiques. Les analyses réalisées à ce jour montrent que les familles qui se situent en milieu rural ont accès à un moins grand nombre d’écoles en moyenne et à moins de PPP.
Autre constat : on observe une forte variation dans l’accès aux écoles et aux PPP à l’intérieur même de la ville de Montréal, avec un gradient marqué entre les arrondissements centraux et périphériques. En d’autres mots, il y a distribution inégale des opportunités scolaires dans l’espace urbain. Nos résultats constituent l’une des premières mises en évidence empiriques de cette inégalité spatiale dans l’offre scolaire à Montréal.
Les arrondissements centraux — comme Le Plateau-Mont-Royal, Ville-Marie, Rosemont–La Petite-Patrie ou encore Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce — cumulent à la fois un grand nombre d’écoles publiques et une forte présence du privé et des PPP. À l’opposé, les arrondissements périphériques — comme Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, Montréal-Est ou L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève — dépendent davantage du réseau public et offrent moins d’options différenciées.
Ces résultats appellent à des analyses complémentaires. Nous poursuivons nos analyses en peaufinant et en complexifiant nos méthodes. On vise notamment à étudier plus en profondeur la distribution inégale de l’offre scolaire sur le territoire montréalais, en mettant en relation la structuration de cette offre avec les caractéristiques sociodémographiques des quartiers (revenus, diplomation, composition migratoire, etc.).