- Tour d'horizon
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16 janvier 2026
Mise à jour : 16 janvier 2026
La série « Tour d’horizon en trois questions » met en valeur la recherche sous toutes ses formes et porte un regard éclairé sur l’actualité.
Jean‑François Naud, professeur et directeur du Laboratoire du contrôle de dopage de l’INRS
À l’approche des Jeux olympiques d’hiver de Milan Cortina 2026, la question du dopage sportif refait surface, rappelant un enjeu indissociable du sport de haut niveau. Malgré des décennies de vigilance, les cas d’athlètes ayant recours à des substances interdites continuent de marquer l’actualité et de mettre à l’épreuve l’éthique sportive.
Depuis plus de 50 ans, le Laboratoire du contrôle de dopage de l’Institut national de recherche scientifique (INRS) occupe une place centrale dans cette lutte. Dirigé depuis 2023 par le professeur Jean‑François Naud, qui succède à la pionnière Christiane Ayotte, le laboratoire poursuit une tradition d’excellence scientifique grâce à une équipe d’une trentaine d’expertes et d’experts en chimie, biochimie et biologie dédiée à l’amélioration des méthodes de détection du dopage dans le sport.
Spécialiste reconnu mondialement, le professeur Naud concentre ses travaux sur les protéines et hormones peptidiques, dont l’érythropoïétine (EPO). Rencontre avec un chercheur engagé, au Québec comme à l’international, dans la défense d’un sport propre et équitable.
Quel rôle joue votre laboratoire dans le cadre des Jeux olympiques d’hiver de Milan Cortina et dans l’analyse des échantillons sportifs au Canada et à l’international?
Notre laboratoire ne participe pas directement à l’analyse des échantillons qui seront collectés pendant les Jeux olympiques de Milano Cortina. Toutefois, plusieurs athlètes canadiens ainsi que d’autres nationalités qui s’entraînent ou qui participent à des compétitions au Canada seront soumis à des tests antidopage avant leur départ. Ces échantillons seront analysés chez nous, puisque nous sommes le seul laboratoire accrédité par l’Agence mondiale antidopage (AMA) au Canada. Par ailleurs, certains membres de notre laboratoire se joindront au laboratoire antidopage de Rome afin d’offrir un soutien technique et leur expertise durant les Jeux.
Chaque année, nous analysons environ 20 000 échantillons. En plus des athlètes provenant des quelque 70 organismes nationaux ayant adopté le Programme canadien antidopage, notre expertise est sollicitée par la WNBA, la LNH, l’ATP, la MLS, la LCF, ainsi que par divers événements internationaux comme les Jeux panaméricains et les Jeux d’Amérique centrale. Nous collaborons également avec plusieurs organisations nationales antidopage, notamment au Guatemala, en Jamaïque, dans les Caraïbes et en Amérique centrale.

Outre l’analyse quotidienne d’échantillons, quelles autres activités découlent de votre expertise?
Notre mission couvre l’ensemble des activités liées à la lutte antidopage. À titre de membre du Groupe consultatif d’experts des laboratoires de l’Agence mondiale antidopage (AMA), je fournis des avis spécialisés, des recommandations et un soutien scientifique à la direction de l’AMA. Je rends également compte au comité permanent sur la santé, la médecine et la recherche de la gestion du processus d’accréditation et de ré accréditation des laboratoires antidopage à l’échelle mondiale.
Le Groupe consultatif est aussi responsable de la mise à jour du Standard international pour les laboratoires (SIL), qui vise à garantir la validité et l’harmonisation des résultats produits par les laboratoires accrédités. Certains membres de notre équipe participent également à des groupes de travail de l’AMA chargés de rédiger les documents techniques encadrant les procédures analytiques.
Notre expertise est souvent requise lors d’arbitrages, notamment pour évaluer les explications avancées par des athlètes concernant la présence de substances interdites. Nous conseillons aussi diverses organisations antidopage dans la gestion des résultats anormaux, qu’ils proviennent de notre laboratoire ou d’autres laboratoires accrédités.
Le maintien de notre expertise repose sur la recherche, essentielle pour identifier de nouveaux métabolites, détecter des substances émergentes ou développer des méthodes inédites. Une collaboration étroite avec l’industrie pharmaceutique nous permet d’anticiper l’usage détourné de médicaments légitimes et de repérer les athlètes qui en abusent.
Quels sont les principaux enjeux actuels et futurs de la lutte antidopage?
Malgré les progrès réalisés, certaines méthodes de dopage demeurent difficiles à détecter, comme les transfusions autologues, où un athlète se réinjecte son propre sang, pour augmenter artificiellement sa masse de globules rouges. Le passeport biologique de l’athlète (PBA) permet de repérer certaines manipulations, mais il peut être influencé par de nombreux facteurs, d’où l’importance de poursuivre la recherche dans ce domaine.
L’arrivée d’instruments plus sensibles en matière de détection constitue une avancée majeure : ils permettent de déceler des concentrations infimes de substances interdites. Cette sensibilité accrue élargit la fenêtre de détection, mais révèle aussi des traces liées à des contaminations involontaires — un argument désormais fréquent lors des arbitrages. Bien que certains cas puissent être expliqués par une contamination, ils ne justifient pas tous les résultats positifs. Il devient donc essentiel d’étudier les niveaux de contamination possibles chez les athlètes, ainsi que la présence de substances dans certains aliments, suppléments ou produits selon les régions du monde. Cet enjeu touche autant la lutte antidopage que la santé publique.
Les athlètes doivent également reconnaître leur responsabilité lorsqu’ils s’exposent volontairement à des risques de contamination, notamment dans le cadre de relations intimes avec des personnes consommant des substances interdites.
Enfin, il est nécessaire de réfléchir à nos attentes envers le sport, qu’il soit récréatif ou compétitif. L’annonce des premiers Enhanced Games, prévus en mai 2026 à Las Vegas, remet en question la valeur d’un sport sain et équitable en proposant de normaliser, voire de promouvoir, le dopage pour maximiser les performances. Les athlètes sont des modèles de persévérance : voulons‑nous les voir battre des records au détriment de leur santé, ou se dépasser dans le respect de leur intégrité physique et psychologique?
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