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12 mai 2026
Mise à jour : 12 mai 2026
La doctorante Kelia Islas se penche sur les pratiques corporelles et esthétiques des jeunesses racialisées.
À l’occasion du 93e Congrès de l’Acfas, Kelia Islas, étudiante en études urbaines à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), présente des résultats issus de sa maîtrise et des premiers résultats de son doctorat. Ses travaux portent sur les pratiques corporelles et esthétiques des jeunesses racialisées, comme mode d’expression de leur subjectivité politique. Basée au Centre Urbanisation Culture Société de l’INRS, elle réalise son doctorat sous la supervision du professeur Leslie Touré Kapo.

Naviguant elle-même entre plusieurs appartenances et identités, Kelia Islas s’intéresse au corps comme territoire où celles-ci se négocient, se portent et s’affichent – et comme lieu d’expression de la subjectivité politique. Une intuition ancrée dans sa propre trajectoire, marquée par le fait de grandir au Mexique puis de s’installer en France, et dans tout ce que cet entre-deux porte de contradictions, mais aussi de potentiel créatif, politique et affectif. Cette réflexion nourrit son projet de recherche, ancré dans les expériences vécues et les stratégies d’adaptation du quotidien des jeunesses racialisées issues de processus migratoires récents.
Kelia Islas analyse ainsi la manière dont les jeunesses issues de processus récents mobilisent leur apparence — vêtements, accessoires, coiffures, postures — pour se raconter, affirmer leur identité et revendiquer leur présence et leur légitimité à habiter, occuper, traverser et transformer l’espace urbain.
Dans cette perspective, le corps devient à la fois territoire d’expression et frontière, où se négocient identités, appartenances et rapports de pouvoir. Ces pratiques esthétiques constituent des modes d’action politique, plus ou moins intentionnels, ainsi que des langages visuels de contestation et de refus de l’exclusion. Elles permettent aux jeunes de se réapproprier leur corps comme principal espace d’inscription dans la ville.
S’appuyant sur une approche qualitative combinant des entretiens semi-dirigés et des observations menées dans des espaces urbains physiques et sur les réseaux sociaux, Kelia Islas met en lumière deux formes d’expression de la subjectivité politique, selon une dynamique circulaire. La première est intentionnelle, liée à une démarche consciente et à une lecture sociopolitique du monde. La seconde prend forme dans l’interaction avec le contexte urbain, politique et institutionnel.
À ce sujet, elle cite le témoignage d’une jeune femme rencontrée dans le cadre de ses recherches : « Ce n’est pas que je m’habille comme ça dans une volonté de résister, c’est que ça le devient : les circonstances en font un acte de résistance. »
Ainsi, quelle que soit l’origine de ces expressions de style et d’identification, les jeunesses racialisées ne se contentent pas de créer des liens : elles bousculent les figures de la victime et de la menace qui leur sont assignées. Elles s’affirment comme des sujets agissants, capables de façonner la ville et d’en transformer les dynamiques culturelles et politiques à travers des gestes du quotidien.
Ses travaux s’inscrivent dans ceux du R.U.E. Lab, un laboratoire de recherche urbaine engagée fondé à l’INRS par le professeur Touré-Kapo. Les thématiques qui y sont abordées prolongent « les histoires de ses chercheuses et chercheurs, leurs engagements, leurs luttes et ce feu intérieur qui refuse l’invisibilisation ».
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