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Sclérose latérale amyotrophique : une découverte qui change la compréhension de la maladie

2 juin 2026

Mise à jour : 1 juin 2026

Une équipe de l’INRS identifie un mécanisme précoce et potentiellement réversible qui pourrait protéger les cellules cérébrales.

Professeur Kessen Patten

Au Canada, de 3 000 à 4 000 personnes vivent avec la sclérose latérale amyotrophique (SLA), une maladie qui demeure aujourd’hui incurable. La SLA est surtout connue pour la dégénérescence des neurones moteurs, responsables du contrôle des mouvements. Leur perte progressive, notamment dans le cortex moteur et la moelle épinière, entraîne une paralysie rapide, avec une espérance de vie de 2 à 5 ans après le diagnostic. 

Cette maladie neurodégénérative entraîne une perte progressive du contrôle musculaire, menant généralement à une paralysie en quelques années. Jusqu’à maintenant, la recherche s’est surtout concentrée sur les régions du cerveau directement liées au mouvement. 

Toutefois, une nouvelle étude menée par l’équipe du professeur Kessen Patten, de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) et titulaire de la Chaire de recherche Anna Sforza Djoukhadjian sur la sclérose latérale amyothrophique, propose un changement de perspective majeur : la maladie pourrait commencer ailleurs dans le cerveau, et bien avant l’apparition des premiers symptômes visibles. 

Publiés dans la revue Brainces résultats obtenus à partir de modèles de poisson‑zèbre et d’échantillons cliniques, apportent un nouvel éclairage sur la maladie et pourraient contribuer à orienter les efforts futurs vers un diagnostic plus précoce et le développement d’approches thérapeutiques, alors qu’environ 1 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année au Canada. 

Le cervelet, un acteur clé longtemps négligé 

Plutôt que de se concentrer uniquement sur les régions motrices, l’équipe du professeur Patten s’est intéressée au cervelet, une région associée à l’équilibre et à la coordination, mais longtemps sous-estimée dans la SLA. 

Dans la forme génétique la plus fréquente de la maladie (liée au gène C9orf72), les scientifiques ont observé chez le poisson-zèbre, une atrophie précoce du cervelet, caractérisée par la perte de deux types de neurones essentiels : les cellules de Purkinje et les cellules granulaires et ce bien avant l’apparition des symptômes moteurs.  

Le poisson‑zèbre est largement utilisé en recherche biomédicale, car il partage de nombreux mécanismes génétiques et cellulaires avec l’humain, ce qui en fait un modèle pertinent pour étudier les maladies neurodégénératives comme la SLA. 

« Nos résultats montrent que la SLA ne se limite pas aux régions motrices du cerveau. Des altérations importantes apparaissent ailleurs, bien avant les symptômes, ce qui change profondément notre compréhension de la maladie. » 

Kessen Patten, professeur en génétique et maladies neurodégénératives à l’INRS et auteur principal de l’étude 

Pour mieux comprendre ce phénomène, l’équipe a utilisé une technologie avancée permettant d’analyser l’activité des gènes à l’échelle de la cellule individuelle. Cette approche a permis d’identifier une anomalie clé : une diminution de l’activité du gène paics, qui produit une enzyme essentielle à la synthèse des purines, des molécules indispensables à la construction et à la réparation de l’ADN. 

Privées de ces molécules, les cellules deviennent incapables de réparer les dommages à l’ADN qui surviennent naturellement. Ces lésions s’accumulent progressivement, entraînant la défaillance des mécanismes de réparation et, ultimement, la mort des neurones. 

Un mécanisme réversible, porteur d’espoir

Lorsque l’activité du gène paics diminue, les altérations génétiques s’accumulent et les systèmes de réparation cellulaires finissent par céder, entraînant la dégénérescence des cellules. 

« Nous avons pu établir un lien direct entre un défaut dans la production des purines et l’accumulation de dommages à l’ADN dans les cellules cérébrales, ce qui nous aide à mieux comprendre l’origine de leur dégénérescence. » 

Jaskaran Singh, étudiant au doctorat en biologie à l’INRS et premier auteur de l’étude 

L’un des résultats les plus prometteurs est que ce mécanisme pourrait être réversible. 

Dans un modèle expérimental, les scientifiques ont réussi à restaurer l’activité du gène paics. Résultat : ces dommages diminuent, les neurones survivent et la progression de la maladie est stoppée à l’échelle cellulaire. 

Pour les personnes vivant avec la SLA et leurs proches, ces résultats représentent une avancée importante. En montrant que la restauration de la fonction du gène paics peut limiter ces altérations et contribuer à protéger les neurones dans des modèles expérimentaux, l’étude met en lumière une piste prometteuse à explorer dans le développement de futures approches thérapeutiques. Bien que des recherches supplémentaires soient nécessaires, ces travaux contribuent à mieux comprendre la maladie et son évolution. 

À propos de l’étude  

Jaskaran Singh, Léa Lescouzères, Charlotte Zaouter, Mathilde Chaineau, Ghazal Haghi, Thomas M Durcan, Shunmoogum A Patten, PAICS mediates DNA damage and cerebellar neuronal loss in C9orf72 amyotrophic lateral sclerosis, Brain, 2026;, awag092, https://doi.org/10.1093/brain/awag092 

Ces travaux ont été rendus possibles grâce à un financement de Brain Canada, du Cermo-FC, de la Fondation Armand-Frappier, Fonds de recherche du Québec – Santé (FRQS), de la Chaire de recherche Anna Sforza Djoukhadjian sur la sclérose latérale amyotrophique (SLA) de la Fondation Armand-Frappier, du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, et des Instituts de recherche en santé du Canada.