Si le Canada voulait gagner plus de médailles d’Or aux Olympiques d’hiver il pourrait sortir ses billets de banques et attirer au Canada les meilleurs athlètes scandinaves. Le Canada se hisserait rapidement au classement des grands pays olympiques. Mais ce ne serait qu’un feu de paille et cela ne durerait que le temps trop court des carrières de ces grands athlètes. Il faudrait passer notre temps à puiser dans nos goussets pour attirer ici les meilleurs athlètes, formés ailleurs, pour que le Canada reste au top.
Il est évident que, pour maintenir le rang de grande puissance olympique, il faut être patient et investir ici: construire plus d’équipements sportifs, former des entraîneurs de haut calibre, créer des écoles – justement l’approche de tous ces pays qui produisent de grands Olympiens. Pourquoi en serait-il autrement lorsqu’il s’agit de sciences et de recherche et non de sport.
Le réflexe actuel semble être d’importer les chercheurs en leur offrant de grands moyens plutôt que de former la relève scientifique ici et consacrer ces moyens à nos chercheurs.
Bref, c’est une « fausse bonne idée ».
Dernièrement plusieurs pays occidentaux dont le Canada se dotent de stratégies pour attirer les chercheurs vedettes des États-Unis et d’ailleurs. Le Fonds de recherche du Québec a lancé un concours de suppléments accordés aux 10 chercheurs Américains retenus par les universités du Québec au Programme de chaires d’excellence du Canada. Le gouvernement du Canada pour sa part dépensera 1,7 milliards $ sur 12 ans pour les Chaires Impact+ destinées à attirer et à appuyer richement 1 000 chercheurs de l’international. Cette volonté de vouloir recruter et financer les vedettes étrangères de la recherche a pour objectif de renforcer l’innovation et la compétitivité de la recherche canadienne en capitalisant sur un contexte défavorable aux États-Unis. Il y a lieu de se questionner sur l’efficacité et les conséquences de ces mesures destinées aux chercheurs de l’international.
Des budgets canadiens limités
Pourquoi ces chercheurs des autres pays du G7 qu’on veut amener ici sont-ils plus performants que ceux du Canada? Ils ne sont certainement pas meilleurs que les Canadiens, mais il faut avouer qu’ils ont souvent pu bénéficier de moyens largement supérieurs que ce qu’ils auraient pu espérer obtenir au Canada. Il est clair que les budgets alloués à la recherche au Canada sont significativement inférieurs à ceux des voisins de chez qui nous voulons attirer les chercheurs.
Comme premier dirigeant de l’INRS, un établissement universitaire voué à la recherche et la formation aux cycles supérieurs, je comprends que nos gouvernements veuillent amener ici des talents de l’international, mais c’est selon moi une solution facile et à courte vue. Si on cherche vraiment à augmenter durablement l’innovation et la compétitivité du Canada, ne faudrait-il pas plutôt faire comme ceux de chez qui nous voulons attirer les vedettes et donner plus de moyens à nos chercheurs?
La responsabilité des gouvernements est de créer les conditions pour qu’un plus grand nombre de ces vedettes internationales émergent ici. Les programmes qui visent uniquement à récompenser les chercheurs venus de l’international lancent un mauvais message aux chercheurs canadiens : celui qu’ils n’ont pas le talent suffisant pour mériter cet appui supplémentaire de nos gouvernements. À sa face même, ce raisonnement ne tient pas la route. Le chercheurs québécois et canadiens sont au coude-à-coude avec les meilleurs de la planète – pour autant qu’on les soutienne adéquatement.
Il faudrait à mon avis encourager davantage les chercheurs d’ici, ceux qui sont présents dans l’ensemble du réseau universitaire canadien, et pas seulement ceux des universités de grande taille. Je suis convaincu qu’il faut se donner les meilleurs programmes de soutien et ne pas se laisser détourner de cet objectif par le chant des Sirènes des vedettes internationales.
Le chant des Sirènes de la recherche faite ailleurs a été publié dans Le Devoir, édition du 11 février 2026