Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez les femmes au Canada. Malgré les progrès réalisés en matière de dépistage et de traitements, il demeure l’une des principales causes de décès par cancer chez les Canadiennes. Un élément préoccupant est que la majorité des cas – entre 70 % et 90 % – seraient liés à des facteurs environnementaux et au mode de vie.



De plus en plus de recherches montrent que certains polluants présents dans notre environnement pourraient contribuer au développement du cancer du sein. Parmi eux, les perturbateurs endocriniens attirent une attention croissante. Ces substances chimiques peuvent perturber le système hormonal, essentiel à de nombreuses fonctions du corps. La glande mammaire, dont le développement dépend fortement des hormones, y est particulièrement sensible. Ces substances sont omniprésentes dans la vie quotidienne : cosmétiques, produits ménagers, plastiques, emballages alimentaires, etc. Cette exposition soulève des questions importantes : comment agissent-elles dans notre organisme ? Peuvent-elles influencer le développement des seins ou augmenter le risque de cancer ? Certaines personnes sont-elles plus vulnérables que d’autres ?
Notre programme de recherche cherche à répondre à ces questions en étudiant à la fois le développement normal des glandes mammaires et les effets de substances chimiques environnementales susceptibles de le perturber. À l’aide de modèles de laboratoire, nous analysons comment ces expositions peuvent affecter la santé mammaire à différentes étapes de la vie. Les résultats de ces travaux permettront de mieux comprendre les liens entre environnement et cancer du sein, et de mieux évaluer les risques liés aux substances présentes dans notre quotidien. À terme, ils contribueront à orienter les actions de prévention et les décisions en matière de santé publique.
Titulaire
Isabelle Plante, professeure à l’INRS
- Titulaire de la Chaire INRS sur les perturbateurs endocriniens et les glandes mammaires: des mécanismes d’action aux risques toxicologiques

Mise en contexte
Dans de nombreux pays, le cancer du sein est la principale cause de décès liés au cancer chez les femmes. Bien que les causes soient polymorphes et généralement inconnues, il est généralement admis que 70 à 90 % de tous les cancers sont liés à des facteurs alimentaires, comportementaux et environnementaux. De plus, une diminution générale de l’âge de la thélarche (développement des seins) a été observée dans le monde entier, sans réduction équivalente de l’âge à la ménarche (premières menstruations), ce qui suggère un déséquilibre hormonal entre les ovaires et le sein. Un nombre important de femmes présente également un allaitement retardé ou altéré, souvent pour des raisons qui restent peu claires ; cependant, des anomalies du développement ou des déséquilibres hormonaux ont été proposés comme causes possibles. Fait intéressant, l’exposition à des composés perturbateurs endocriniens (PE) a été associée à l’ensemble de ces pathologies. Les PE sont des substances exogènes ou des mélanges qui altèrent le fonctionnement du système endocrinien et provoquent par conséquent des effets néfastes sur des (sous-)populations d’organismes sains, ainsi que potentiellement sur la descendance sur plusieurs générations. Les PE sont présents dans des produits du quotidien — cosmétiques, appareils électroniques, pesticides, contenants alimentaires et de boissons, et objets en plastique. Bien que tous les individus soient continuellement exposés aux PE à partir de multiples sources, certaines populations ont une exposition disproportionnellement plus élevée en raison de facteurs professionnels, de modes de vie, d’environnements résidentiels ou d’autres déterminants — conduisant à des inégalités d’exposition communément désignées sous le terme d’injustice environnementale. De plus, la sensibilité aux PE varie selon les organes — ceux dont le développement dépend des hormones étant plus sensibles — ainsi qu’au cours de la vie. Ainsi, la grossesse est considérée comme une période sensible tant pour la mère que pour le fœtus en développement, en raison des immenses changements moléculaires, cellulaires, métaboliques et hormonaux qui s’y produisent. Compte tenu de la sensibilité hormonale de la glande mammaire, celle-ci est souvent considérée comme un organe sentinelle pour évaluer les expositions environnementales aux PE.
Objectifs
Notre programme de recherche comporte deux thèmes complémentaires :
- Un volet de recherche fondamentale visant à comprendre les mécanismes qui gouvernent le développement de la glande mammaire, plus spécifiquement le rôle de la communication et des interactions intercellulaires dans ce processus, et de définir comment leur dérégulation contribue aux pathologies du sein.
- Un volet de recherche en toxicologie visant à déterminer les effets des polluants, particulièrement les perturbateurs endocriniens, sur le développement et la fonction des glandes mammaires.
Partenaires et collaborateurs
- Kessen Patten (INRS)
- Géraldine Delbès (INRS)
- François Légaré (INRS)
- Martin Pelletier (Université Laval)
- Étienne Audet-Walsh (Université Laval)
- Mauro Silva (Université Laval)
- Catherine Mounier (UQAM)
- Johanne Saint-Charles (UQAM)
- Mathieu Philibert (UQAM)
- Anne Marie Gannon (Santé Canada)
- Yonglai Feng (Santé Canada)
- Mike Wade (Santé Canada)
- Carlos Reyes-Moreno (UQTR)
- Bernard Robaire (McGill)
- Barbara Hales (McGill)
- Marion Zammit (University of Malta)
- Sandeep Raha (McMaster University)