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7 mai 2026
Mise à jour : 6 mai 2026
Une découverte de l’INRS ouvre la voie à de nouvelles approches contre la résistance bactérienne.
Le professeur Éric Déziel et son équipe. De gauche à droite : Sandrine Gervais, Marie-Christine Groleau, Éric Déziel, Mylène Trottier, Ivan Zelenyy, Maude Dagenais Roy, Camille Chartyrand-Pleau, Louis-Thomas Lafrance et Odile Badiane.
Chaque année, plus de 400 millions de personnes dans le monde, dont la très grande majorité sont des femmes, souffrent d’infections urinaires, le plus souvent causées par la bactérie Escherichia coli. Si des antibiotiques comme la fosfomycine demeurent des traitements de première intention, la résistance croissante aux antimicrobiens complique de plus en plus leur efficacité et incite à explorer des stratégies complémentaires.
Des travaux menés par le laboratoire du professeur Éric Déziel, microbiologiste à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en sociomicrobiologie fondamentale et appliquée, suggèrent que le jus de canneberge pourrait jouer un rôle inattendu : renforcer l’action de certains antibiotiques et freiner l’émergence de résistances, du moins en laboratoire. Les résultats ont été publiés dans la revue Applied and Environmental Microbiology de l’American Society for Microbiology.
« Trouver des façons d’aider les antibiotiques à mieux fonctionner permettrait de prolonger leur efficacité, sans avoir à développer de nouveaux médicaments. »
Professeur Éric Déziel, microbiologiste à l’INRS et auteur principal de l’étude.
Menée en collaboration avec l’équipe du professeur Charles Dozois également basée au Centre Armand-Frappier Santé Biotechnologie de l’INRS, qui travaille notamment sur la bactérie E. coli, cette étude est la première à démontrer l’interaction directe entre le jus de canneberge et un antibiotique.

Cette études s’inscrit dans la continuité d’une collaboration antérieure avec l’équipe de la professeure Nathalie Tufenkji de l’Université McGill et celle du professeur Déziel, qui avait déjà permis de mettre en évidence la capacité d’extraits concentrés de canneberge à accroître la sensibilité des bactéries aux antibiotiques, une avancée prometteuse dans la lutte contre la résistance.
Dans le cadre de l’étude, des souches pathogènes d’E. coli cultivées en laboratoire ont été exposées à la fosfomycine en présence de jus de canneberge. Résultat : dans 72 % des souches testées, le jus augmentait l’efficacité de l’antibiotique tout en réduisant l’apparition de mutations associées à la résistance.
Grâce à leurs travaux, l’équipe de recherche a conclu que certains composés de la canneberge agissent sur les mécanismes de transport des sucres des bactéries. En présence de jus de canneberge, celles‑ci internalisent davantage certains sucres, ce qui entraîne simultanément une importation accrue d’antibiotique, notamment parce que la fosfomycine utilise ces mêmes transporteurs pour pénétrer dans la cellule. Ce mécanisme permettrait d’expliquer l’effet facilitateur observé.

« Ce qui nous a surpris, c’est de constater qu’un produit aussi courant que le jus de canneberge pouvait modifier la façon dont les bactéries réagissent à un antibiotique. Cela ouvre la porte à de nouvelles pistes pour mieux utiliser les traitements que nous avons déjà. »
Marie-Christine Groleau, professionnelle de recherche à l’INRS et première auteure de l’étude
L’étude demeure toutefois exploratoire : des recherches supplémentaires seront nécessaires pour déterminer si cet effet se manifeste également chez l’humain et dans quelles conditions.
« Nous ne savons pas encore si les composés actifs du jus de canneberge atteignent réellement le site de l’infection après consommation, ni en quelles quantités », précise le professeur Déziel.
Ces travaux s’inscrivent dans une démarche plus large visant à préserver l’efficacité des antibiotiques. Miser sur des composés naturels pour renforcer l’action de médicaments déjà disponibles pourrait offrir une voie prometteuse face à la montée de la résistance antimicrobienne — un enjeu majeur de santé publique.
Groleau M, Houle S, Quevedo AC, McKay G, Nguyen D, Dozois CM, Tufenkji N, Déziel E. 0. Cranberry juice potentiates sensitivity of uropathogenic Escherichia coli (UPEC) strains to fosfomycin and decreases occurrence of spontaneous resistance. Appl Environ Microbiol 0:e02521-25. https://doi.org/10.1128/aem.02521-25
Ces travaux de recherche ont été financés par le Cranberry Institute, le Programme des chaires de recherche du Canada ainsi que de la Fondation canadienne pour l’innovation.
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