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Élucider la disparition hivernale de l’omble chevalier

11 juin 2021 | Audrey-Maude Vézina

Mise à jour : 11 juin 2021

La doctorante Véronique Dubos collabore à une recherche participative avec la communauté de Kangirsuk.

Embarquation sur la rivière Payne.
Prise de relevés sur la rivière Payne, à la recherche des sites de reproduction des poissons.

L’été de Véronique Dubos s’annonce bien chargé. Elle prévoit se rendre dans la communauté de Kangirsuk, au Nunavik, pour l’aider à faire le suivi de l’omble chevalier. Ce poisson de l’Arctique est très important dans l’alimentation et la culture inuites.

« Les poissons qui vont hiverner dans un grand lac près de Kangirsuk disparaissent pendant plusieurs mois. Personne de la communauté, même pas les aînés, ne sait où se cachent les ombles chevaliers. »

Véronique Dubos, étudiante au doctorat en sciences de l’eau, sous la direction du professeur André St-Hilaire

Intitulé « Study of Arctic char catches and stock assessment, and winter disappearance in Tasirjuarusik », ce projet d’envergure d’une durée de deux ans vient de recevoir un financement du programme de recherche Inuit Nunangat. Il fait partie des 11 projets sélectionnés sur les 43 candidatures reçues. Le programme, qui en est à sa première édition, vise à financer des projets dirigés par des Inuits afin de renforcer leurs capacités de recherche et leurs connaissances dans les secteurs qui leur importent.


Suivi et formation

Durant la saison estivale, Véronique Dubos, ses collaboratrices et ses collaborateurs inuits mettront en place un suivi acoustique des poissons, en utilisant, entre autres, des instruments de mesure fournis par le professeur Normand Bergeron. « Avec l’aide d’une biologiste, nous allons placer des émetteurs qui envoient un signal régulier, dans l’abdomen de quelques ombles chevaliers. Des récepteurs seront installés au fond du lac. Lorsqu’un poisson passera près d’un récepteur, ce dernier captera le signal », explique-t-elle. Les données, récoltées l’été suivant, appartiendront à la communauté de Kangirsuk. L’étudiante pourra toutefois les utiliser pour son projet de doctorat portant sur l’habitat des ombles chevaliers.

Le village nordique de Kangirsuk en bordure de la rivière Payne.
Le village nordique de Kangirsuk, qui signifie « la baie » en inuktitut, en bordure de la rivière Payne. Crédit : Véronique Dubos

En plus des recherches sur l’omble chevalier, la chercheuse formera des jeunes Inuits à faire du suivi environnemental. Elle leur montrera ses méthodes scientifiques pour étudier les rivières, principalement la température et le niveau de l’eau. Elle abordera aussi des méthodes plus générales pour augmenter la capacité de la communauté à faire ses propres suivis ou à être impliquée dans des projets de recherche. Cette collaboration permettra la poursuite de recherches par les personnes occupant ce territoire.


Des efforts récompensés

 « J’étais surprise et heureuse que nous obtenions cette subvention de recherche. La rédaction de la demande de financement nous a demandé temps et efforts, alors je suis très fière du travail accompli », confie Véronique Dubos, lauréate du prix de la meilleure affiche de la Conférence nationale de l’Association Canadienne de Ressources Hydriques (ACRH) 2021.

Ce projet collaboratif lui permet de redonner à la communauté qui l’accompagne, par ses savoirs traditionnels sur l’omble chevalier et le territoire, lors de ses travaux de doctorat. Véronique Dubos souhaite que ses connaissances de scientifique contribuent à étudier les enjeux qui préoccupent les Inuits.