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Un laboratoire au cœur de la lutte contre la COVID-19

21 mars 2022 | Julie Robert

Mise à jour : 22 mars 2022

Le laboratoire de niveau de confinement 3 de l’INRS, qui a ouvert ses portes en pleine pandémie, fête son premier anniversaire.

Une simple exposition aux agents infectieux hautement contagieux comme le SRAS-CoV-2 peut conduire à des complications graves, voire mortelles. Afin de mieux comprendre leur fonctionnement, les scientifiques de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) doivent les côtoyer de près, en toute sécurité. C’est donc dans le laboratoire de niveau de confinement 3 (NC3), inauguré en mars 2021, que les recherches contre la COVID-19 ont lieu.  

« Pour combattre un virus, il faut comprendre son fonctionnement et son processus d’infection. Le NC3 nous permet d’étudier ces mécanismes fondamentaux dans des conditions infectieuses authentiques. Cette infrastructure est un atout important pour la recherche en infectiologie à l’INRS », lance le professeur Laurent Chatel-Chaix, à la tête du NC3 situé au Centre Armand-Frappier Santé Biotechnologie.

Le chercheur en virologie mène plusieurs projets de front. Sa spécialité, ce sont les infections causées par les flavivirus, comme les virus Zika et de la dengue, ainsi que le virus du Nil occidental, qui est sur le point d’être étudié dans le NC3.

Or, au tout début de la pandémie, le professeur Chatel-Chaix a dû rapidement concentrer une partie de ses recherches sur le SRAS-CoV-2 afin de se joindre à l’effort mondial de la communauté scientifique dans la lutte contre la COVID-19.

« Il y a eu une belle collégialité dans le domaine scientifique avec l’ouverture des laboratoires au Canada et ailleurs dans le monde pour partager des outils viraux », livre le professeur Chatel-Chaix.

Avec ses collègues, les professeurs Alain Lamarre et Steven Laplante, il a rapidement pu travailler sur des coronavirus causant le rhume grâce aux outils viraux uniques du professeur Pierre Talbot.

« Nous avons trouvé des molécules qui inhibent la réplication de ces coronavirus et nous les avons testées sur le SRAS-CoV-2, une fois le NC3 ouvert. Ça nous a donné une longueur d’avance », ajoute le chercheur spécialisé en virologie moléculaire.

Une lutte contre l’infection sur différents fronts

Actuellement, l’équipe du NC3 s’active à tester des combinaisons de médicaments sur des cellules infectées par le SRAS-CoV-2 et voir s’il y a un gain thérapeutique. Un projet que mène Richard Boulon, chercheur post-doctoral dans le laboratoire du professeur Steven Laplante. L’équipe développe également de nouveaux inhibiteurs de la réplication du virus. L’idée est de mettre au point un traitement à large spectre qui pourrait marcher sur plusieurs coronavirus, y compris ceux encore inconnus qui pourront potentiellement causer de futures pandémies.

Un autre aspect de la recherche consiste à décortiquer, à l’échelle moléculaire, la façon dont le virus exploite les ressources intracellulaires lors de l’infection pour favoriser sa réplication; l’objectif ultime étant d’identifier des cibles thérapeutiques.

« Recevoir un test PCR négatif après une infection ne signifie pas que le virus n’est plus présent dans le corps. Ça veut juste dire qu’il n’est plus dans les voies respiratoires », dit le professeur Chatel-Chaix, en rappelant notamment que les formes de COVID longue sont encore très mystérieuses pour la communauté médicale et scientifique.

Un autre projet du NC3, mené par l’étudiante au doctorat Hélène Pinatel et réalisé en collaboration avec le professeur Chatel-Chaix et les professeures Cathy Vaillancourt et Géraldine Delbès, se penche sur les effets du coronavirus sur la grossesse. À l’heure actuelle, on ne connait pas très bien les effets d’une infection maternelle chez l’enfant et sur le placenta. Est-ce que le virus persiste dans le placenta ? Quel effet la COVID-19 a-t-elle sur les fonctions placentaires ? Quels sont les risques pour le bébé ? Pour le découvrir, l’équipe infecte des cellules placentaires avec le SRAS-CoV-2 afin de voir si le virus s’y réplique. Cela permettra de mieux caractériser ce qui se passe lorsque des femmes enceintes sont infectées par le virus.

« Tout ce que nous aurons appris sur le SRAS-CoV-2 pourra servir pour un nouveau coronavirus ou d’autres pathogènes qui pourraient émerger dans 10 ou 15 ans. Cela nous permettra de réagir plus rapidement en cas de futures pandémies. »

Laurent Chatel-Chaix

Un laboratoire hautement sécurisé

Anaïs Anton a été l’une des premières personnes à travailler dans le laboratoire NC3. En tout début de pandémie, elle a obtenu sa maîtrise, réalisée dans le laboratoire du professeur Chatel-Chaix, sur la pathogenèse du virus Zika. Elle a ensuite été embauchée comme agente de recherche.

Avec sa collègue Tania Charpentier, employée au laboratoire du professeur Lamarre, elles cosupervisent le NC3. Des responsabilités qui ne sont pas une mince tâche quand on réalise toutes les étapes et les mesures de sécurité qu’il faut franchir afin de pouvoir mettre un pied dans le laboratoire.

« L’accès au NC3 est très strict. Ça prend 10 minutes de préparation à chaque entrée et à chaque sortie. Il faut porter un équipement de protection complet incluant deux paires de gants et un appareil de protection respiratoire motorisé. Tout le matériel qui entre ne ressort pas avant d’être minutieusement décontaminé », explique l’agente de recherche.

Les deux professionnelles contrôlent également le nombre de souches et de variants du SRAS-CoV-2, dans le NC3. Elles sont également responsables de la formation et de la supervision des membres du Centre qui utilisent le laboratoire.

« C’est quand même excitant de se dire qu’à notre niveau, dans le laboratoire NC3 de l’INRS, on participe à la lutte mondiale contre la COVID‑19. »

Anaïs Anton